Madrid ne dort pas de Grégoire Polet

la ronde darrieux

La scène est, on s’en doute, à Madrid. Le temps d’une nuit, une poignée de personnages va se croiser, de près ou de loin, se reconnaître ou s’ignorer. Une jeune femme découvre que de petits trafiquants de drogue utilisent sa voiture comme une mule. Son frère, pendant ce temps, est sur le point de monter sur la scène de l’Opéra de Madrid où il doit interpréter Don Giovanni pour la première fois. Dans la salle : un journaliste que nous aurons déjà croisé dans une affaire de moeurs, Graciela, une auteure âgée venue non pour écouter l’opéra mais pour lire un manuscrit qui vient de lui être confié, et une poignée d’éditeurs que l’on croisera, plus tard, dans tous les cafés de la ville. Et au-dessus de Madrid plane la silhouette d’Almodovar, venu faire des repérages en hélicoptère.

madrid ne dort pasMadrid ne dort pas est donc un roman choral, difficile à résumer puisque chaque petit bout d’histoire s’articule aux autres et que l’objectif de Grégoire Polet n’est clairement pas de mener ces bribes d’histoires à leurs termes mais simplement de s’en servir pour créer un roman d’ambiance, où le véritable centre d’attention est, évidemment, Madrid. La ville est loin d’être un simple décor lointain ou accessoire ; on passe beaucoup de temps à arpenter ses rues, on pénètre dans des bars qui semblent renfermer l’âme même de la ville. Grégoire Polet, qui habitait Madrid lorsqu’il a écrit ce premier roman, fait ici preuve d’un véritable don d’observation qui fait à lui seul une grande partie de l’intérêt du roman.

Cependant, il serait injuste de limiter Madrid ne dort pas à une sorte de guide littéraire de la capitale espagnole. Car bien que les histoires des nombreux personnages qui traversent le récit ne soient pas vouées à se terminer, ceux-ci sont loin d’être de simples figurants simplement destinés à animer un décor. Chaque personnage, même le plus insignifiant, est nommé, et accompagné le temps de quelques pas ou quelques heures. C’est une véritable petite foule qui se dessine sous nos yeux, reliée par des connections insoupçonnées et par autant d’habiles raccords qui rendent la progression non-linéaire du récit extrêmement fluide. Rossant Rossi, dans sa postface, évoque le film La Ronde de Max Ophüls, où l’on passe également de personnage en personnage et d’histoire en histoire au gré des rencontres et des hasards.  Le dispositif est effectivement similaire, et Polet fait preuve ici de la même virtuosité qu’Ophüls pour condenser des vies entières dans quelques instants cruciaux.

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