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La Théorie de l’information d’Aurélien Bellanger

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A la rentrée 2012, la Théorie de l’Information était le premier roman qu’il fallait absolument lire. Aurélien Bellanger, 32 ans à l’époque, ne s’était jusque là fait remarquer que pour un essai sur Houellebecq, et les comparaisons avec celui-ci pleuvaient. A l’exception d’une poignée de voix qui jugeaient le roman trop technique, les louanges étaient unanimes. De mon côté, je me demandais en quoi l’histoire de Xavier Niel, patron de Free – rebaptisé pour l’occasion Pascal Ertanger – pouvait m’intéresser. Plus tard, le relooking très germano-pratin de Belanger pour la rentrée 2014 avait fini de me convaincre qu’il s’agissait avant tout d’une histoire de marketing… Mais à l’occasion de la sortie en poche de la Théorie de l’information, je me suis tout de même dit qu’il était temps de me faire un avis plus sûr.

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Le Voyageur liquide de Jean Cagnard

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Il y a des premières phrases tout à fait anodines, que l’on dépasse sans trop y prêter attention. Il y a des premières phrases toutes sèches, qui donnent l’impression de se refuser. Il y a celles qui sont un peu trop fleuries, un peu trop maquillées, qui trahissent l’envie de plaire à tout prix. Et puis il y a des premières phrases qui, en une poignée de mots, parviennent à créer une connivence telle que l’on sait d’avance que l’on va très bien s’entendre avec leur auteur. Par exemple :

Le serpent tomba du ciel au moment où je sortais de la boutique de la station-service.

Voilà. Avouez, quand même. C’est trois fois rien, peut-être, mais on a soudain bien envie de faire un grand sourire à Jean Cagnard et de lui dire vas-y, je t’écoute, raconte-moi cette histoire.

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Le Caillou de Sigolène Vinson

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Un caillou, c’est ce que voudrait devenir la narratrice du roman de Ségolène Vinson. Pour ne plus rien sentir, pour ne plus subir le passage du temps, pour enfin cesser de s’ennuyer. Elle qui a été enseignante un temps se laisse aller depuis qu’elle a pris la décision de démissionner. Comme allergique au contact humain, elle se solidifie peu à peu chez elle.

Jusqu’à sa rencontre avec Monsieur Bernard, un drôle de vieillard qui vit au-dessus de chez elle. Rapprochement rapide entre deux êtres plus très adaptés à la vie. Monsieur Bernard occupe sa retraite à sculpter. Il est convaincu que la narratrice pourra être le modèle de son chef d’oeuvre.

Lorsque Monsieur Bernard meurt avant d’avoir achevé son projet, la narratrice part sur ses traces, en Corse où il passait toutes ses vacances, convaincue que se trouvent là-bas les réponses aux questions qu’elle se pose sur lui. Elle y trouve bien plus : un travail, de nouvelles relations, une raison d’être. C’est le cadeau que lui a fait Monsieur Bernard avant de mourir.

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Miniaturiste de Jessie Burton

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Peut-être êtes-vous présentement en train de préparer votre valise pour un départ en vacances imminent, et sans doute dans ce cas vous posez-vous la question ultime, terrible, qui peut engager des heures de réflexion et conditionner la réussite de vos vacances : celle des bouquins à emmener. Qui ne doivent pas être exagérément encombrants, mais avoir un bon rapport poids/nombre de pages, pouvoir se lire dans des moments de concentration flottante tout en étant capables de vous accrocher tout au long d’une après-midi ensoleillée, vous vider un peu la tête tout en restant un minimum stimulants, sinon vous achèteriez Closer à la gare et vous ne seriez pas là à vous poser ce genre de questions.

Bon, cette conception du bouquin de vacances ne me parle pas particulièrement dans la mesure où je lis, en vacances, précisément la même chose que d’habitude (c’est-à-dire de tout ou presque), la lecture me semblant être une forme de vacances en elle-même. Mais permettez-moi tout de même de vous sortir un peu de l’embarras en vous suggérant le bouquin qui vous donnera envie, en retrouvant vos collègues (car ça viendra, ne l’oubliez pas), non pas de leur dire à quel point l’eau était chaude / le sable doux / les autochtones accueillants, mais de leur crier que, oui, vous avez passé des vacances formidables grâce au Pr. Platypus à un roman que vous avez eu du mal à lâcher.

Et l’Île Maurice / la Croatie / Oulan-Bator, diront-ils ? Ouais, c’est pas dégueu, répondrez-vous, mais attends, ça ne vaut pas Amsterdam à la fin du XVIIe siècle, période à laquelle la ville prospère grâce à l’empire colonial qui y fait affluer épices enivrantes et tissus chamarrés, période à laquelle précisément se déroule ce Miniaturiste de Jessie Burton qui démarre au moment où Petronella Oortmann, jeune péronnelle naïve, issue d’une campagne moribonde et d’une vieille famille prestigieuse mais ruinée, vient s’installer dans la demeure de son mari : Johannes Brandt, un riche marchand qu’elle connaît à peine, qui n’a pas même daigné l’honorer lors de leur nuit de noces, qui n’est pas là pour l’accueillir dans leur foyer, laissant cette tâche à Marin, sa soeur, du genre à faire passer une porte de prison pour celle du Paradis, qui va faire des premiers jours de Nella à Amsterdam un calvaire, lequel ne sera guère soulagé par le retour pourtant tant espéré de Johannes, mari indigne qui n’accordera guère plus que quelques mots à sa jeune épouse, si seule dans cette maison qui semble regorger de secrets et de non-dits.

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Vernon Subutex 2 de Virginie Despentes

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En refermant Vernon Subutex 1, on se disait forcément que le deuxième volume – et le troisième, qui arrive à la rentrée – ferait partie des lectures indispensables de la fin de l’année. Avec ses airs de Comédie Humaine des années 2000 ou de tombeau des figures du Paris rock et punk, ce premier volume était un des romans les plus impressionnants de ce début d’année.

La seule question qui restait en suspens était celle de l’opportunité de donner une suite à ce roman qui semblait se suffire à lui seul, qui constituait un cycle indépendant. Certes, l’arc narratif impliquant une auto-interview inédite du chanteur star Alex Bleach, laissée à Vernon Subutex peu de temps avant que celui-ci tombe dans la précarité – justement à cause de la mort de Bleach -, restait à boucler. Mais en dehors de ce point précis, Vernon Subutex 1 proposait une fin cohérente, aboutie, au moment où Vernon se retrouvait, pour de bon, à la rue.

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La Princesse de. d’Emmanuelle Bayamack-Tam

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Tous les fils ne sont pas fait pour devenir des hommes.

Cette phrase magnifique, qui apparaît seule sur la quatrième de couverture de La Princesse de. d’Emmanuelle Bayamack-Tam, pourrait se suffire à elle-même. Je vous laisserais bien avec elle, vous laisser la rouler sous votre langue, cette phrase qui porte en elle tout le roman, qui en dira mille fois plus peut-être que moi. Moi qui ne pourrai que vous dire que la Princesse de. est l’histoire de Daniel, un jeune transsexuel de 25 ans qui, tous les soirs, se produit à l’Arcadia, une boîte un peu miteuse, sous le pseudo de Marie-Line, s’offre dès qu’il le peut à des inconnus de passage, et rentre ensuite chez ses parents qui ignorent tout de cette partie de sa vie.

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Pas billy the kid de Julien d’Abrigeon

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Parmi les figures du Far-West, Billy the Kid est une des plus connues, et comme nombre de ses confrères hors-la-loi de l’époque, le Kid a emporté dans sa tombe bien des questions.Si l’on suppose qu’il avait vingt-et-un ans lorsqu’il est mort, et si on lui attribue précisément vingt-et-une victimes, son identité exacte reste longtemps floue, recouverte par plusieurs couches de pseudonymes

Pas billy the kid n’est en aucun cas une tentative de fixer la biographie de ce héros paradoxal de l’Ouest ; ce n’est même pas l’histoire de Billy the Kid. Tout au plus est-ce l’histoire de pas Billy the Kid, comme son titre l’indique bel et bien, l’histoire de tous ceux qui furent presque le Kid, de ceux qui l’ont incarné au cinéma ou encore de cet homme qui, en 1950, déclara qu’il était le véritable Kid et que celui abattu par Pat Garrett n’était qu’un anonyme.

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