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Expo : Philippe Parreno au Palais de Tokyo

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Même génération, même école et même refus de l’aspect habituellement rigide de l’exposition : Philippe Parreno a beaucoup en commun avec Pierre Huyghe, et il est particulièrement intéressant de les voir exposés en même temps dans deux des lieux les plus prestigieux de l’art contemporain à Paris : le Palais de Tokyo pour le premier, le Centre Pompidou pour le second. Les deux expositions se complètent et se répondent à merveille, toutes les deux préoccupées par la rupture des conventions muséographiques et plus largement par l’éclatement des clivages réalité/fiction et spectateur/acteur.

Chez Parreno, le programme est indiqué dès l’entrée, de façon assez mystérieuse (et même avant puisque l’artiste est intervenu sur la banque d’accueil, les luminaires et les fenêtres de l’accueil). Le grand hall d’exposition du rez-de-chaussée est investi par un écran géant sur lequel sont diffusés, s’entrecoupant les uns les autres, cinq films de l’artiste de 1987 à 2007. Ce melting-pot qui permet aux vidéos de se répondre les unes aux autres annonce la couleur : Anywhere, Anywhere Out of the world sera une exposition rétrospective, mais pas question de laisser chaque oeuvre toute seule dans son bocal ; chacune prendra part à un ensemble intelligemment scénographié et chorégraphié. Certains des thème abordés dans les vidéos pourront être identifiés au long de l’exposition : on retrouvera par exemple la bande-son de No More Reality, un slogan qui colle bien à l’ensemble de l’oeuvre, en divers lieux de l’exposition ; et l’automate du XVIIIe siècle filmé dans The Writer préfigure les diverses oeuvres réglées selon un programme bien défini.

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Exposition : Erwin Blumenfeld au Jeu de Paume

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« Et à partir de là, il s’est vendu. »

J’entre dans la dernière salle de l’exposition, consacrée aux photos de mode d’Erwin Blumenfeld, quand j’entends cette remarque. L’artiste qui se vend, mouton noir par excellence, qui sacrifie sa personnalité et son élan créatif au dieu Argent. Il est vrai que, lorsqu’on arrive dans cette dernière salle, on se demande si les cahiers des charges d’Harper’s bazaar ou de Vogue ne vont pas mettre un frein à la l’inventivité et à la finesse des photographies que l’on a pu voir dans le reste de l’exposition. Bien loin de là ; tout en se conformant aux impératifs commerciaux, Blumenfeld accomplit un travail superbe sur la couleur – lui qui vient à peine de s’y mettre en arrivant aux Etats-Unis et semble déjà avoir quinze ans d’avance sur les techniques et le style de l’époque – et continue, comme dans ses travaux précédents, à explorer les formes changeantes des corps qu’il photographie derrière des matières qui font écran, masques et tissus par le passé, verre dépoli ou cannelé dans les années mode.

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Exposition : Pierre Huyghe au Centre Pompidou

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Attention, derniers jours : il serait dommage de rater l’exposition Roy Lichtenstein, première grande rétrospective de l’oeuvre de cet artiste américain à Paris, qui fermera ses portes le 4 novembre. Tout le monde en a parlé, l’exposition est pleine à toute heure (avec des nocturnes tous les jours jusqu’à 23 heures), et il faut la voir ne serait-ce que pour pouvoir briller dans les salons où l’on cause (si ces lieux existent encore). Mais surtout parce qu’il faut prendre conscience de la grande inventivité de cet artiste qui a largement repoussé les limites du pop-art, plus sans doute qu’Andy Warhol, en s’engageant notamment dans une réflexion sur la nature du geste de l’artiste (dans la série des Brushstrokes en particulier) ou en s’inscrivant dans une histoire de l’art truquée, dévoyée (de l’impressionnisme au suprématisme).

Mais si vous vous rendez ces jours-ci au centre Pompidou, l’exposition à ne pas rater est celle de Pierre Huyghe, qui, lui aussi, bénéficie ici de sa première grande rétrospective française. Pas question ici de balises chronologiques ou de parcours fléché comme chez Lichtenstein ; en investissant la Galerie Sud, Huyghe crée un espace d’exposition à l’image de son oeuvre : vivant, et par certains aspects, assez bordélique.  Lire la suite