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Pourquoi le saut des baleines de Nicolas Cavaillès

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J’ai déjà expliqué il y a quelques temps ma fascination pour les baleines, à l’occasion de ma lecture de La Baleine dans tous ses états de François Garde. Il était donc impossible pour moi de rater le petit livre que Nicolas Cavaillès a publié au printemps aux Editions du Sonneur, et qui se propose – en apparence tout du moins – de répondre à une question lancinante : pourquoi les baleines sautent-elles, de manière irrégulière et imprévisible, hors de l’eau ?

Le titre ne porte pas de point d’interrogation bien que cette question ne soit toujours pas tranchée : les baleines sautent hors de l’eau sans que cela réponde à une nécessité biologique – puisque remonter calmement à la surface leur suffit à respirer – ni qu’on ait pu identifier une dimension sociale ou ludique dans ces sauts.

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La Dernière Nuit du Raïs de Yasmina Khadra

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Le 20 octobre 2011, au terme d’une guerre civile qui fit rage pendant six mois en Lybie et d’une traque de plusieurs jours, Mouammar Kadhafi était tué dans un grand déferlement de violence par un groupe de rebelles. Ainsi se terminaient 40 ans de règne sans partage sur la Libye.

Le sujet est encore d’une brouillante actualité, et le personnage des plus rebutants, mais il en faut plus pour faire peur à Yasmina Khadra, qui fait revivre dans la Dernière Nuit du Raïs le dictateur, retraçant son parcours par un savant jeu de flashbacks, depuis sa naissance dans une communauté déshéritée du nord de la Libye jusqu’aux derniers jours en passant par le coup d’Etat en 1969.

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Les Légumes verts d’Aurélie Pétrel et Philippe Adam

légumes verts aurélie pétrel

Dans les vitrines de certains restaurants – le plus souvent chinois ou japonais – on voit s’afficher fièrement des plats à la perfection aguicheuse. Des lamelles de boeuf qui semblent fondre rien qu’à les regarder, des nouilles à l’air insolemment al dente, du poisson cru si frais qu’il pourrait encore sembler prêt à tressaillir si on ne savait pas qu’il était en plastique ou en cire peinte.

Aurélie Pétrel a photographié nombre de ces objets ambigus, qui sont une invitation à saliver mais qui sont faits de matières non comestibles. Accompagnées de textes de Philippe Adam, ces photographies composent l’intéressant petit recueil Les Légumes verts.

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La Baleine dans tous ses états de François Garde

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Une confession d’abord : je voue une passion presque déraisonnable aux baleines. S’il existait une religion vouant son culte à une déesse-baleine, j’en ferais partie ; voire, je serais capable de la fonder. La liturgie consisterait en une adoration sans fin de sa puissance, sa taille, sa beauté, et se complèterait par quelques à-côtés du type messes noires autour du squelette de la baleine des Basques du Muséum d’Histoire Naturelle, guerre de religion contre les mécréants la chassant et pèlerinage annuel sur les côtes desquelles on peut apercevoir la reproduction des géantes.

Aussi, lorsque j’ai vu que François Garde, dont j’ai beaucoup aimé le premier roman, Ce qu’il advint du sauvage blanc, sortait un livre intitulé La Baleine dans tous ses états, j’ai su qu’il était fait pour moi. Bon sang, un coreligionnaire ! La secte pouvait naître.

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Le Bourgeois de Paris de Fiodor Dostoïevski

Paris en 1860 par Edouard Willmann

Au début des années 1860, Fiodor Dostoïevski quitte sa Russie natale pour la première fois et entreprend un voyage de deux mois et demi en Europe Occidentale. Son périple comprend de longues étapes en Angleterre et en France, patries de Victor Hugo et de Shakespeare qu’il a lus assidûment dans sa jeunesse.

Lorsqu’il commence ce voyage, Dostoïevski n’est cependant déjà plus un jeune homme, et il découvre les capitales européennes avec le regard d’un homme plein d’expérience . Les notes qu’il ramène de ses visites, publiées dans une revue en 1863 et dont les éditions Payot proposent ici des extraits évoquant Londres et Paris, sont loin de constituer un guide du touriste émerveillé de ces deux grandes villes ; elles se composent plutôt de remarques sur l’état de la pensée et des moeurs occidentales.

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Underground de Haruki Murakami

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Le 20 mars 1995 reste dans la mémoire de tous les Japonais pour être le jour où le pays a connu le plus grave attentat depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale. Entre sept et huit heures du matin, 5 membres de la secte Aum répandent dans autant de rames du métro de Tokyo du gaz sarin, contenu à l’état liquide dans des petites poches qu’ils laissent tomber discrètement sur le sol avant de les percer avec la pointe de leurs parapluies. Ce gaz, dont la composition chimique est proche de certains pesticides, est environ 500 fois plus toxique que le cyanure. Fatal même à petites doses, il peut laisser de graves séquelles aux personnes qui y sont exposées : troubles de la vision, difficultés respiratoires, maux de tête, troubles neurologiques…

Ce matin-là, il y a un peu moins de monde que d’habitude dans le métro de Tokyo : le lendemain est le premier jour du Printemps, jour férié au Japon, et certains font le pont. L’attentat fait tout de même 5500 blessés et 12 morts.

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Le Livre des êtres imaginaires de Jorge Luis Borges

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Peut-être cela vous a-t-il échappé mais le blog sort aujourd’hui d’une assez longue période de dormance pendant laquelle je n’ai pu lire, en vue des oraux d’un concours, que des ouvrages sur l’économie, les politiques culturelles, le management en bibliothèques et autres joyeusetés que je n’ai pas très envie de chroniquer par ici pour des raisons évidentes (notamment parce que j’ai envie de conserver un ou deux lecteurs). Pas le temps, pendant tout un mois, d’ouvrir un roman ou quoi que ce soit qui ressemble de près ou de loin à une lecture de détente, sauf un petit livre parfait pour les circonstances, dans lequel j’ai pu picorer pendant mes pauses : le Livre des êtres imaginaires de Borges, qui se présente comme un dictionnaire rassemblant une vaste liste de créatures forgées par l’esprit humain depuis l’Antiquité.

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Mithra et le mithriacisme de Robert Turcan

En janvier, j’ai fait ce que l’on devrait tous faire au moins une fois par an : je suis allé flâner au Louvre. Une amie voulait y voir les portraits du Fayoum et, une chose en entraînant une autre, nous avons fait un petit tour dans le département des Antiquités Orientales. Tout au fond d’une salle quasiment déserte nous sommes tombés sur un petit ensemble de statues et de bas-reliefs liés au culte du dieu Mithra. Parmi les statues, celle d’un homme ailé à tête de lion, enserré dans les replis d’un serpent, m’a particulièrement interpellé : je croyais que le mithriacisme était une sorte de proto-monothéisme, et je découvrais qu’un ensemble de divinités gravitait autour de Mithra ; je pensais également qu’il s’agissait d’un culte certes issu d’autres mythologies, mais détaché d’elles, or la statue à tête de lion était désignée comme Kronos, l’équivalent grec de Saturne, par le cartel. Renvoyé à ma grande ignorance, je me dis donc qu’il était temps d’en apprendre un peu plus sur cette religion.

Ce qui reste le plus étonnant, c’est la disproportion entre l’importance du mithriacisme à la fin de la période antique et les maigres connaissances que nous en avons : au IIIe siècle, le culte de Mithra, avec des variantes, est célébré de l’Ecosse à l’Indus, en passant par le Maghreb et la vallée du Rhin. L’un des plus importants foyers du mithriacisme est Rome, et certains empereurs du IVe siècle reconnaissent en lui le « protecteur de leur pouvoir ». Même si le culte peine à se transmettre massivement (le mithriacisme est une secte à mystères, qui implique une initiation), c’est dire l’importance d’une religion pourtant balayée en un siècle par l’émergence du christianisme – ce qui fit dire à Ernest Renan, avec quelque exagération sans doute, que « si le christianisme eût été arrêté dans sa croissance par quelque maladie mortelle, le monde eût été mithriaste. »

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Verlaine de Jean-Baptiste Baronian

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Après avoir lu les BD  Verlaine de Jagodzinski et Casanave et Rimbaud de Xavier Coste, je continue cette semaine ma découverte de la vie de ces deux poètes avec un ouvrage plus « sérieux » puisqu’il s’agit d’une biographie du premier. Une histoire d’une grande richesse, faite d’une errance perpétuelle entre Paris, les Ardennes, l’Angleterre et la Belgique  et de chutes innombrables – l’aventure avec Rimbaud, si elle est la plus connue, est loin d’être la seule période de trouble pour Verlaine.

Jean-Baptiste Baronian en dresse un portrait presque à charge. Verlaine est en effet un alcoolique notoire, qui sous l’effet de l’absinthe tombe sous le coup de crises de rage d’une violence inimaginable. Rimbaud, bien sûr, en a fait les frais, mais aussi sa femme Mathilde, qu’il tente d’étrangler, et sa mère qui tente régulièrement de le ramener à la raison. Même sobre, Verlaine traite ses proches avec beaucoup de négligence, ne se rappelant à leur bon souvenir qu’en cas de besoin, et ne noue de relations solides qu’avec peu de ses contemporains. Même ses amitiés littéraires restent superficielles, bien qu’il fréquente constamment des cercles où figurent pléthore de personnages plus ou moins importants, de Mallarmé à Villiers de l’Isle-Adam. Tous, par leur persévérance, parviennent petit à petit à se faire un nom ; Verlaine, trop instable et indigne de confiance, devra pour cela attendre ses toutes dernières années, et n’en profitera qu’entre ses séjours à l’hôpital, sujet à de nombreuses maladies aggravées par l’alcool.

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François Ier de Sylvie Le Clech

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Parmi les rois de France, François Ier fait partie, avec Henri IV, des plus populaires, de ceux dont l’image reste relativement positive. Mécène de Léonard de Vinci, frère de Marguerite de Navarre, commanditaire de merveilles de l’architecture de la Renaissance, souverain d’avant l’absolutisme : François Ier nous semble être un de ces rois éclairés qui feraient passer la monarchie pour un régime respectable.

En une grosse centaine de pages, Sylvie le Clech propose de retracer la vie de cet homme qui n’était pas, par sa naissance dans une branche cadette, appelé à régner mais qui a pourtant été à la tête du royaume de France pendant trente-deux ans.

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