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La Dernière Nuit du Raïs de Yasmina Khadra

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Le 20 octobre 2011, au terme d’une guerre civile qui fit rage pendant six mois en Lybie et d’une traque de plusieurs jours, Mouammar Kadhafi était tué dans un grand déferlement de violence par un groupe de rebelles. Ainsi se terminaient 40 ans de règne sans partage sur la Libye.

Le sujet est encore d’une brouillante actualité, et le personnage des plus rebutants, mais il en faut plus pour faire peur à Yasmina Khadra, qui fait revivre dans la Dernière Nuit du Raïs le dictateur, retraçant son parcours par un savant jeu de flashbacks, depuis sa naissance dans une communauté déshéritée du nord de la Libye jusqu’aux derniers jours en passant par le coup d’Etat en 1969.

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Le Livre des êtres imaginaires de Jorge Luis Borges

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Peut-être cela vous a-t-il échappé mais le blog sort aujourd’hui d’une assez longue période de dormance pendant laquelle je n’ai pu lire, en vue des oraux d’un concours, que des ouvrages sur l’économie, les politiques culturelles, le management en bibliothèques et autres joyeusetés que je n’ai pas très envie de chroniquer par ici pour des raisons évidentes (notamment parce que j’ai envie de conserver un ou deux lecteurs). Pas le temps, pendant tout un mois, d’ouvrir un roman ou quoi que ce soit qui ressemble de près ou de loin à une lecture de détente, sauf un petit livre parfait pour les circonstances, dans lequel j’ai pu picorer pendant mes pauses : le Livre des êtres imaginaires de Borges, qui se présente comme un dictionnaire rassemblant une vaste liste de créatures forgées par l’esprit humain depuis l’Antiquité.

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Mithra et le mithriacisme de Robert Turcan

En janvier, j’ai fait ce que l’on devrait tous faire au moins une fois par an : je suis allé flâner au Louvre. Une amie voulait y voir les portraits du Fayoum et, une chose en entraînant une autre, nous avons fait un petit tour dans le département des Antiquités Orientales. Tout au fond d’une salle quasiment déserte nous sommes tombés sur un petit ensemble de statues et de bas-reliefs liés au culte du dieu Mithra. Parmi les statues, celle d’un homme ailé à tête de lion, enserré dans les replis d’un serpent, m’a particulièrement interpellé : je croyais que le mithriacisme était une sorte de proto-monothéisme, et je découvrais qu’un ensemble de divinités gravitait autour de Mithra ; je pensais également qu’il s’agissait d’un culte certes issu d’autres mythologies, mais détaché d’elles, or la statue à tête de lion était désignée comme Kronos, l’équivalent grec de Saturne, par le cartel. Renvoyé à ma grande ignorance, je me dis donc qu’il était temps d’en apprendre un peu plus sur cette religion.

Ce qui reste le plus étonnant, c’est la disproportion entre l’importance du mithriacisme à la fin de la période antique et les maigres connaissances que nous en avons : au IIIe siècle, le culte de Mithra, avec des variantes, est célébré de l’Ecosse à l’Indus, en passant par le Maghreb et la vallée du Rhin. L’un des plus importants foyers du mithriacisme est Rome, et certains empereurs du IVe siècle reconnaissent en lui le « protecteur de leur pouvoir ». Même si le culte peine à se transmettre massivement (le mithriacisme est une secte à mystères, qui implique une initiation), c’est dire l’importance d’une religion pourtant balayée en un siècle par l’émergence du christianisme – ce qui fit dire à Ernest Renan, avec quelque exagération sans doute, que « si le christianisme eût été arrêté dans sa croissance par quelque maladie mortelle, le monde eût été mithriaste. »

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Verlaine de Jean-Baptiste Baronian

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Après avoir lu les BD  Verlaine de Jagodzinski et Casanave et Rimbaud de Xavier Coste, je continue cette semaine ma découverte de la vie de ces deux poètes avec un ouvrage plus « sérieux » puisqu’il s’agit d’une biographie du premier. Une histoire d’une grande richesse, faite d’une errance perpétuelle entre Paris, les Ardennes, l’Angleterre et la Belgique  et de chutes innombrables – l’aventure avec Rimbaud, si elle est la plus connue, est loin d’être la seule période de trouble pour Verlaine.

Jean-Baptiste Baronian en dresse un portrait presque à charge. Verlaine est en effet un alcoolique notoire, qui sous l’effet de l’absinthe tombe sous le coup de crises de rage d’une violence inimaginable. Rimbaud, bien sûr, en a fait les frais, mais aussi sa femme Mathilde, qu’il tente d’étrangler, et sa mère qui tente régulièrement de le ramener à la raison. Même sobre, Verlaine traite ses proches avec beaucoup de négligence, ne se rappelant à leur bon souvenir qu’en cas de besoin, et ne noue de relations solides qu’avec peu de ses contemporains. Même ses amitiés littéraires restent superficielles, bien qu’il fréquente constamment des cercles où figurent pléthore de personnages plus ou moins importants, de Mallarmé à Villiers de l’Isle-Adam. Tous, par leur persévérance, parviennent petit à petit à se faire un nom ; Verlaine, trop instable et indigne de confiance, devra pour cela attendre ses toutes dernières années, et n’en profitera qu’entre ses séjours à l’hôpital, sujet à de nombreuses maladies aggravées par l’alcool.

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François Ier de Sylvie Le Clech

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Parmi les rois de France, François Ier fait partie, avec Henri IV, des plus populaires, de ceux dont l’image reste relativement positive. Mécène de Léonard de Vinci, frère de Marguerite de Navarre, commanditaire de merveilles de l’architecture de la Renaissance, souverain d’avant l’absolutisme : François Ier nous semble être un de ces rois éclairés qui feraient passer la monarchie pour un régime respectable.

En une grosse centaine de pages, Sylvie le Clech propose de retracer la vie de cet homme qui n’était pas, par sa naissance dans une branche cadette, appelé à régner mais qui a pourtant été à la tête du royaume de France pendant trente-deux ans.

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BD : Verlaine, une saison en enfer de Bernard Jagodzinski et Daniel Casanave

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La semaine dernière, en cherchant les illustrations de mon billet sur Rimbaud l’indésirable de Xavier Coste, je suis tombé sur des vignettes d’une autre BD dont j’ignorais l’existence, sur Verlaine cette fois. Comme ma bibliothèque l’avait, je me suis jeté dessus, alléché par la couverture dont le style est à l’opposé du travail de Coste.

L’album de Casanave et Jagodzinski commence quelques années après que Rimbaud ait définitivement disparu de la vie de Verlaine, lorsque celui-ci a quitté Paris pour s’installer à Juniville, un patelin des Ardennes où on trouve aujourd’hui un musée à sa mémoire. Il y mène une existence simple, en compagnie de Lucien Létinois, un de ses anciens élèves avec qui il a une liaison. Sa vie est redevenue, à peu de choses près, paisible après le départ de Rimbaud. Il participe aux travaux des champs, finit sa journée en buvant un coup à l’auberge du village, comme tout le monde ; il a même trouvé, à peu de choses près, la sérénité dans la foi depuis son séjour en prison. Cette période de la vie de Verlaine, que j’ignorais complètement, n’est sans doute pas à première vue la plus palpitante mais j’ai justement trouvé très intelligent de nous entraîner dans cet instant de calme entre deux tempêtes : Rimbaud d’un côté, la tentative de renouer avec la bohème parisienne de l’autre.

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BD : Rimbaud l’indésirable de Xavier Coste

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On connaît tous par bribes la vie hors du commun de Rimbaud : l’enfance étriquée à Charleville, la fuite à Paris pour rencontrer Verlaine avec qui il part à Londres et en Belgique, la mort frôlée de près lorsque son amant lui tire deux balles de revolver dans l’épaule, l’abandon de la poésie à vingt-et-un ans et le départ pour l’Orient puis l’Afrique où il mène une vie d’aventurier. La mort, enfin, à trente-sept ans, des suites de l’amputation d’une jambe gangrénée.

Conscient tout de même de mes lacunes en la matière, j’étais enthousiaste à l’idée d’apprendre deux ou trois choses en plus sur la vie de Rimbaud sans pour autant me plonger dans une des biographies-sommes de Claude Jeancolas ou Jean-Jacques Lefrère (paresse, j’écris ton nom…). L’album de Xavier Coste représente bien un petit condensé biographique, du premier voyage à Paris à la mort de Rimbaud, qui satisfera ceux qui ne connaissent le poète que de loin.

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Histoire des Cathares de Michel Roquebert

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Michel Roquebert propose avec Histoires des Cathares la synthèse de trente ans de recherche sur le sujet, et sans doute le bouquin d’histoire le plus passionnant qui me soit tombé entre les mains.
Si l’histoire des cathares est avant tout celle de la croisade albigeoise et de l’Inquisition, au XIIIe siècle, elle couvre un pan d’Histoire immense, de la naissance des thèses théologiques qui sont à l’origine du catharisme au Xe siècle jusqu’aux derniers bûchers au XVe, et un espace tout aussi conséquent, de la côte méditerranéenne de l’Espagne à la Lombardie italienne. Sans compter que la lutte contre les cathares va impliquer l’Empire et même l’Angleterre car ses implications politiques sont tentaculaires – elle va avant tout permettre au royaume de France de s’étendre largement au sud, presque jusqu’aux Pyrénées, dans une zone qui était jusqu’alors sous la protection du roi d’Aragon.

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Balzac, le roman de sa vie de Stefan Zweig

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Lorsqu’il se suicide en février 1942, Zweig laisse derrière lui, inachevé, son grand oeuvre, une biographie de Balzac qu’il élabore depuis une dizaine d’années. Si on se rappelle qu’il était déjà l’auteur, au sein de l’essai Les Trois Maîtres, d’un essai sur Balzac, on n’aura aucune peine à imaginer l’attachement et la fascination de Zweig pour le plus grand romancier français du XIXe siècle. Après dix années de recherche et de documentation,  les connaissances de l’auteur autrichien sur son aîné sont encyclopédiques et composent une biographie vivante et enthousiaste. Lire la suite