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Le Vent du nord de Tarjei Vesaas

cité dedieu

Quelque part dans la Norvège rurale des années 50, au beau milieu d’une forêt de conifères ou dans une solide maison de bois, sous une aurore boréale ou dans la lumière aveuglante d’un jour de beau temps qui suit une tempête de neige, un enfant est submergé par l’angoisse, celle qui naît lorsque l’on prend conscience qu’en toute chose peut résider le Mal.

J’ai l’impression qu’une bonne partie de l’oeuvre de Tarjei Vesaas pourrait être résumée ainsi. Je ne l’ai pourtant pas beaucoup fréquentée, n’ayant lu que Palais de glace il y a quelques années, et aujourd’hui, ce recueil de nouvelles, le Vent du nord.

Dans Palais de glace, considéré comme le chef d’oeuvre de Vesaas, deux petites filles, Unn et Siss, faisaient l’expérience du deuil. Unn, orpheline de père et de mère, disparaissait dans les mystérieux tréfonds du palais translucide formé par une cascade gelée. Difficile de revenir en quelques lignes sur le symbolisme touffu de ce roman dans lequel le palais figure à la fois le désir d’Unn de se retirer du monde qui l’oppresse et le travail de deuil de Siss qui vient de perdre sa meilleure amie.

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Le Noyau d’abricot et autres contes de Jean Giono

1001 nuits

Quand on essaie de donner une vue d’ensemble de l’oeuvre de Jean Giono, on trouve généralement commode de dessiner deux grandes périodes que tout opposerait : il y aurait d’un côté les romans des années 30, depuis Colline jusqu’au Chant du monde, des romans dans lesquels la nature occupe une place écrasante, au fond plutôt humaniste voire un brin naïfs ; de l’autre, les romans plus sombres de l’après-guerre, parmi lesquels Un roi sans divertissement occupe la place la plus importante et où la question de l’homme est centrale. Cette classification hâtive ne résiste évidemment pas à l’examen attentif de l’oeuvre de Giono, extrêmement diverse mais finalement toujours reconnaissable à des fils conducteurs solides.

Les quatre contes sélectionnés par Grasset pour figurer dans le Noyau d’abricot, tous écrits dans les années 20, illustrent bien cette constance de Giono à travers les styles : même si le genre choisi ici, celui du conte oriental inspiré des Mille et une nuits qui sont alors le livre de chevet du jeune écrivain, semble nous éloigner radicalement des terres arpentées dans le Hussard sur le toit ou Regain. On y trouvera pourtant des échos des plus intéressants avec l’oeuvre ultérieure de Giono.

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Les Contes d’Eva Luna d’Isabel Allende

gravure dore bible - la pentecote

Ce week-end j’ai fait un truc qui change, un truc dont je ne suis pas peu fier : j’ai lu un livre en espagnol. Pour la première fois. Cinq ou six ans après avoir arrêté d’étudier cette langue, pour laquelle je n’ai d’ailleurs jamais été très doué. Que s’est-il passé ? Je n’ai pas reçu le don de glossolalie par opération du Saint-Esprit, j’ai simplement emprunté à la bibliothèque un livre de la collection « Lire en espagnol » du Livre de Poche. J’avais entendu parler de cette collection il y a quelques années et j’avais trouvé le principe intéressant : au texte original sur la page de gauche correspondent sur la page de droite des notes très abondantes sur le vocabulaire et les tournures pouvant poser problème. Bien plus motivant qu’une édition bilingue dans laquelle il est tentant, par facilité, de se contenter du texte en français la majeure partie du temps…

Avant de parler du recueil de nouvelles Cuentos de Eva Luna je voulais donc vous recommander chaudement cette collection car je connais beaucoup de gens qui regrettent de ne pas pouvoir lire dans une langue étrangère (l’anglais, le plus souvent) : les collection « Lire en… » permettent de prendre confiance en ses capacités (car à force d’entendre que « les Français sont nuls en langues », on a envie d’y croire, non ?) et de s’acclimater aux tournures particulières qu’on ne trouve pas forcément dans les manuels… Avant de se lancer sans filet dans la lecture d’une « vraie » édition originale. Un petit bémol cependant : dans nombre de cas, les oeuvres disponibles sont des recueils de nouvelles et, dans le cas de Cuentos de Eva Luna et de quelques autres, celles-ci sont extraites de recueils plus importants.  La collection en anglais propose également des romans, ce qui évite ce problème.

Venons-en, donc, à Isabel Allende. Je me rappelle avoir été enchanté par La cité des dieux sauvages, un roman que j’ai lu alors que j’avais quatorze ou quinze ans ; j’étais donc ravi à l’idée d’une deuxième rencontre avec cette auteure chilienne. Et si mon petit volume en espagnol ne contient pas l’intégralité des 23 contes d’Eva Luna mais seulement six d’entre eux, il m’a donné envie de me replonger prochainement dans l’univers d’Isabel Allende.

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