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[Musique] Sufjan Stevens – Carrie & Lowell

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Si l’arrivée du printemps vous donne envie de vous extasier sur les bourgeons qui éclosent, les oisillons qui pépient dans leurs nids et sur tout ce qui renaît à mesure que les jours rallongent, je préfère vous calmer tout de suite : Sufjan Stevens est de retour avec son huitième album pour vous rappeler que tout cela va mourir bientôt. Et vous aussi, d’ailleurs.

Avouez que vu comme ça, ça fait envie. Mais Sufjan n’est pas juste un gros rabat-joie ; Carrie & Lowell, qui sort demain, est avant tout sa manière à lui de composer avec le décès de sa mère – Carrie -, survenu en 2012, et avec les sentiments confus qui en découlent.

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[Playlist] Björk

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Avec de nombreux médias célébrant la sortie de Vulnicura (du Monde à Télérama en passant par Télé 7 jours), l’annonce de quelques dates en France durant l’été et la sortie cette semaine de pas moins de deux vidéos promotionnelles pour l’album, je ne résiste pas à l’envie de faire durer un peu le plaisir et de vous proposer d’écouter une seconde fois quelques morceaux de Björk. Et puisque Vulnicura, c’est fait, remontons dans le temps avec dix b-sides, remixes et démos glanés au long de sa discographie.

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[Musique] Björk – Vulnicura

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Impossible de ne pas parler, en ce premier trimestre 2015, du nouvel album de Björk, Vulnicura. A la faveur d’un leak qui a bouleversé son calendrier promotionnel, combiné à une expo-évènement (mais semble-t-il plutôt médiocre) au Moma, Björk est à nouveau sous le feu des projecteurs comme elle ne l’avait plus été depuis Medulla en 2004. En cause, aussi, un album qui parlera sans doute (peut-être à tort) à plus de monde qu’un Biophilia (2011) et ses histoires de virus ou de tectonique des plaques, puisqu’il y est presque exclusivement question de sa rupture avec Matthew Barney, son compagnon depuis plus de dix ans. Ajoutons à cela, enfin, le fait que Björk utilise à nouveau abondamment un ensemble de cordes – comme sur Homogenic (1998), que beaucoup de fans ont du mal à oublier – et on obtient toutes les raisons d’un succès inéluctable.

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[Musique] The Magnetic North – Orkney Symphony

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Cette semaine j’ai retrouvé avec bonheur un album sorti en 2012 que j’avais un peu oublié depuis, Orkney : Symphony, premier et à ce jour seul album d’un super-groupe nommé The Magnetic North et formé de deux membres d’Erland & the Carnival et de la compositrice et chanteuse Hannah Peel.

Au centre de ce projet se trouve la patrie d’Erland Cooper, à savoir les îles Orkney, à l’extrême nord de l’Ecosse. Un petit archipel qui ressemble bien à l’idée que l’on peut s’en faire : des plaines verdoyantes, des falaises et des rochers ciselés, et plus de moutons ou de phoques au kilomètre carré que d’habitants. Le genre de contrées où les légendes impliquant des fantômes ou des elfes poussent comme des champignons, et une matière première idéale pour des multi-instrumentistes comme les membres d’Erland & the Carnival ou  une productrice méticuleuse comme Hannah Peel.

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[Musique] Sufjan Stevens – No Shade in the Shadow of the Cross

On fera court ce soir, il s’agit de laisser de la place à une chanson, LA chanson qu’il faut écouter cette semaine : No shade in the shadow of the cross de Sufjan Stevens, premier extrait de l’album Carrie & Lowell à paraître le 30 mars. Après les expérimentations électroniques de Age of Adz, après le symphonique Planetarium, après le projet Sisyphus avec Son Lux et le rappeur Serengeti, Sufjan Stevens revient au folk le plus pur pour cet album qui évoque la mort de sa mère en 2012. « Revient » n’est d’ailleurs pas le bon mot : même sur Seven Swans (2004) ou les premiers volumes de Songs for Christmas, la musique de Sufjan n’a jamais été aussi dénudée. Une guitare, sa voix tremblante et un léger grésillement au loin – le bruit des vagues, le bruit du vide ou juste celui d’un climatiseur, peu importe. Si vous avez un coeur, ça peut tourner toute la soirée.

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[Musique] Purity Ring – Another Eternity

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On connaît tous la déprime du dimanche soir, qui s’installe dès que le soleil commence à faiblir et qui donne l’impression que cette soirée est perdue d’avance, diluée dans l’anticipation plus ou moins heureuse de la semaine à venir. Pour lutter contre ce syndrome tenace, je vous propose une nouvelle rubrique musicale que j’espère tenir plus régulièrement que d’habitude ! Que ce soit en présentant un album, un artiste ou un seul morceau, que ce soit pour accompagner une fin d’après-midi sous la couette ou pour réveiller votre dimanche soir, j’essayerai de vous proposer un court article toutes les semaines.

On commence par un duo que j’aime tout particulièrement et qui est actuellement sur le devant de la scène puisqu’il sort un album dans deux petites semaines ! Another Eternity fera suite à Shrines, sorti en 2012 et bardé de promesses. Sur ce premier album, Megan James et Corin Roddick posaient les bases d’un style mêlant beats R’n’B, synthpop et witch house (si si, vous savez, ce genre un peu débile qui a connu son heure de gloire en 2008-2009 avec des groupes au noms tels que GL▲SS †33†H ou †††). Leurs influences sont multiples et transparentes – on pense pas mal à The Knife – mais n’empêchent pas les deux jeunes Canadiens de proposer un album qui sonne neuf, et qui a donné lieu à pas mal d’imitations depuis…

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[Musique] Don’t you know your queen ?

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Ca fait une petite éternité que je n’ai pas parlé de musique ici ; depuis mon bilan de l’année 2013, en fait. La faute à un cru 2014 pas franchement excitant à quelques exceptions près, et (inutile de se le cacher) à un cruel manque de motivation.

Je m’y remets aujourd’hui car ça fait une bonne semaine que j’ai envie de crier partout, tout le temps, à tout le monde, dans le métro, dans les bars (dans les cages d’ascenseur, dans les rues de les villes, dans la cuisine au beurre, dans la cuisine à l’huile), enfin quoi dans toutes les oreilles pas trop mal embouchées qu’il faut – j’insiste sur le verbe – écouter Perfume Genius. Et puisqu’un blog ça sert quand même à ça, allons-y : il faut, vous devez, écouter Perfume Genius.

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Mardi musique #10 : 10 albums pour 2013

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Après avoir réglé leur compte aux romans de 2013 il y a quelques jours, il est temps de passer à la musique. Pour une poignée d’albums chroniqués ici le mardi, j’en ai écouté cette année un peu plus d’une centaine, et même s’il y a eu du très bon en 2013, avec notamment des retours en grande forme d’artistes que ne suivais plus forcément de très près (Daho, Arctic Monkeys, Franz Ferdinand, Junip…), les albums que j’attendais le plus se sont révélés légèrement décevants (The Knife, Goldfrapp, Emiliana Torrini, Arcade Fire, Foals…) tandis que le devant de la scène a été occupée par de désespérantes baudruches (Daft Punk et Woodkid pour ne citer que le pire). Rien que de très habituel finalement. J’ai retenu dix albums mais l’exercice étant forcément un crève-coeur, j’ai aussi concocté cette playlist sur Deezer : 2013 en 3h15 et 44 chansons, une pour chaque album qui a compté pour moi cette année. J’espère que vous y ferez de belles découvertes.

MGMT-MGMT-201310. MGMT de MGMT, qui a eu les honneurs du premier article musical du mardi ici-même. Très mal reçu et presque complètement absent des classements de fin d’année, MGMT est pourtant dans la droite ligne des deux premiers albums du groupe jadis encensé jusqu’à l’hystérie par toute la presse. L’humour est toujours là même si on est très loin des hymnes de stade Kids ou Time to pretend et même si MGMT semble verser dans un mysticisme hermétique, ce n’est jamais tout à fait sérieux.

David Bowie's The Next Day9. The Next Day de David Bowie. Parce que, oui, on fait tout un flan de Beyoncé qui sort un album à Noël sans que personne ne soit au courant de rien ; mais Bowie qui revient en balançant le clip de Where are we now ? et la pochette la plus cool de 2013 un beau matin de février, le tout sans qu’aucune rumeur n’ait filtré au préalable et après des années de silence complet, c’était pas non plus de la gnognotte… Alors, bien sûr il y a les déçus, ceux qui trouvent qu’il n’y a plus la flamme et bien sûr on aimerait tous avoir vécu dans les années 70 pour voir en vrai le Bowie de Hunky Dory ou Aladdin Sane. Bien sûr, The Next Day est loin de tirer un trait sur le passé glorieux du chanteur et n’est pas, loin s’en faut, une grande réinvention. Mais après tout, qui pourrait se plaindre d’entendre ici et là des échos de Ziggy Stardust ou de Heroes ? Tant que l’écriture reste élégante et que la voix conserve son ampleur, il n’y a vraiment pas de quoi bouder son plaisir.

Volcano-Choir-Repave8. Repave de Volcano Choir. Il faut que j’avoue que depuis son Emma, forever ago, Bon Iver est un type qui m’ennuie profondément et l’attention que lui accordent tous les médias spécialisés m’agace au plus haut point. Et soudain, cette année, est apparu ce second album d’un de ses groupes et je me suis retrouvé à pester contre les critiques qui le sous-estimaient terriblement. Car derrière cette pochette diablement bien choisie se cache une musique océanique, ample, pleine d’écueils et de rebondissements mais qui ne perd jamais de vue sa ligne de flottaison mélodique.

LA-FEMME-psycho tropical berlin7. Psycho Tropical Berlin de La Femme. Une excellente surprise de 2013 de la part de ce groupe originaire de Biarritz qui, s’il avait déjà sorti quelques titres excitants (Sur la planche, Amour dans le motu…), devait encore transformer l’essai et montrer toute l’étendue de ses capacités. C’est chose faite avec Psycho Tropical Berlin qui lorgne aussi bien du côté du psychédélisme que de la new-wave, de la chanson yé-yé et de la musique surf, le tout dans un français qui évoque tour à tour Gainsbourg, Daho et Elli et Jacno. Un fourre-tout grisant qui met sur la table un nombre de références impressionnant, fondues dans une technique irréprochable et un esprit frondeur des plus rafraîchissants.

ARMAN_MELIES_AM_IV_cover6. IV d’Arman Méliès. Avec des références similaires à la Femme, Bashung en plus, Arman Méliès signe un album aux antipodes de Psycho Tropical Berlin. Je m’étais un peu lassé des litanies de Méliès, dont les trois premiers albums se ressemblaient un peu trop ; en mettant ici l’électronique sur le devant de la scène (le temps notamment d’une envolée instrumentale de sept minutes ressemblant à une cavalcade dans les steppes sur le titre Silvaplana / Röcken / Schwarzwasser / Der Antichrist), il se réinvente totalement tout en gardant intacte sa poésie qui en fait un des meilleurs paroliers français d’aujourd’hui, au côté de très grands comme Dominique A.

lysandre5. Lysandre de Christopher Owens. Peut-être ma plus grande surprise de l’année : me retrouver avec l’album solo d’un membre du duo Girls dans mon top 10. Comme je l’ai déjà dit il y a quelques semaines, Owens m’a cueilli avec sa sincérité et son humilité d’artisan folk. Si Lysandre peut sembler au départ tout au plus un joli album, son air de monde clos sur lui-même, ramassé et intime, lui donne un fort goût de reviens-y.

pochette-les-chansons-de-l-innocence-retrouvee-etienne-daho-bandeau4. Les chansons de l’innocence retrouvée d’Etienne Daho. Un peu comme Bowie, Daho ne fait pas table rase mais savoure son statut d’icône de la pop et rélargit son horizon après le très intimiste l’Invitation. Avec des collaborations qui tombent sous le sens (Debbie Harry, Dominique A), Daho semble plus que jamais à l’aise, lui qui a toujours été le symbole d’une chanson française nonchalante et cosmopolite.

JNR126_Son_Lux_Lanterns_digi3. Lanterns de Son Lux. Peut-être l’album  le plus ambitieux de la liste, Lanterns semble être une lutte pour la lumière qui apparaît peu à peu dans les vastes compositions crépusculaires de Ryan Lott. Après les explosions de couleurs de We Are Rising, c’est une sorte d’éclipse qui orne la pochette de ce troisième album encore marqué par le goût de Son Lux pour les choeurs grandioses et les orchestrations classiques. Toujours plus enclin à utiliser le nous que le je, il déploie des paroles qui semblent transformer l’album en grand récit mythique, celui d’une génération en conflit et à la recherche de sa voix (What can we do now / We lost it to trying  chante-t-il sur le premier extrait de l’album). Fascinant et inépuisable. 

Kanye-Yeezus2. Yeezus de Kanye West. On n’a pas fait plus brutal et pointu cette année ; une quarantaine de minutes de coups de poings dans le bide en continu. L’atmosphère étouffante, paranoïaque, ne sera pas au goût de tout le monde mais la presse ne s’y est pas trompée en propulsant Yeezus en haut de nombreux classements ;  Kanye West y apparaît en dieu sanguinaire et vengeur, et c’est autant sa posture que la grande cohérence de Yeezus qui lui donne son statut d’album déjà culte.

The-National-Trouble-Will-Find-Me-608x608Et la première place revient, sans la moindre hésitation, à Trouble will find me de The National, à l’opposé complet du précédent. De la noirceur aussi, mais Trouble will find me est une collection de chansons d’amour mélancoliques d’une beauté à croire en Dieu. Le High Violet de The National avait déjà beaucoup impressionné en 2010 mais ils atteignent sur ce sixième album un nouveau sommet, tant dans la composition parfaitement équilibrée, mélodieuse sans jamais tomber dans la mièvrerie que dans les instrumentations qui soutiennent avec grâce le lamento de Matt Berninger. Quant aux paroles : on n’a rien écrit de plus beau cette année que Pink Rabbits et Don’t swallow the cap. Bref, un peu comme pour Parabole du failli côté livres, il est très difficile de trouver les mots pour décrire l’enchantement qu’est cet album : faites-vous donc une idée par ici.

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Mardi Musique #9 : Arctic Monkeys, Kanye West

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Comme chaque année, avec le mois de décembre arrivent les classements des meilleurs albums de l’année par toutes les grandes rédactions. Un genre de calendrier de l’Avent musical qui permet de râler un petit peu parce qu’untel a oublié cet excellent album d’un groupe néo-zélandais quasiment inconnu ou qu’un autre a mis bien trop haut l’album des Daft Punk (pour faire vite : quoi qu’il arrive, il sera toujours classé trop haut). Cette année, NME a ouvert le bal, rapidement suivi par Stereogum. On trouve évidemment du très bon dans les deux classements, de Volcano Choir à CHRVCHES en passant par The National (album de l’année, mais on y reviendra). Evidemment, ce qui est particulièrement intéressant, ce n’est pas le peloton mais les albums placés en tête. Du côté de NME, c’est une habitude, je suis loin d’être en accord, notamment avec un Foals en 4e position pour un troisième album pourtant très décevant. Et la première place ? Elle est attribuée aux Arctic Monkeys pour AM chez NME, à Kanye West pour Yeezus chez Stereogum.

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Mardi Musique #8 : Etienne Daho

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L’album de la semaine : Les Chansons de l’innocence retrouvée d’Etienne Daho

C’était un des évènements musicaux les plus attendus de cette fin d’année, en tout cas en France : un nouvel album d’Etienne Daho, six ans après L’invitation et trois ans après son projet avec Jeanne Moreau autour d’un texte de Jean Genet. Les Chansons de l’innocence retrouvée vient ponctuer avec bonheur une année qui nous a offert quelques très beaux albums français, d’Arman Méliès à La Femme, auxquels l’esprit d’élégance pop de Daho n’est jamais tout à fait étranger. Pas facile cependant de continuer à impressionner quand on a trente ans de carrière au compteur. L’Invitation était d’ailleurs,  dans sa quête d’une intimité extrême, une petite déception en dépit de quelques morceaux envoûtants.

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