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Profession du père de Sorj Chalandon

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L’enfance d’Emile Choulans n’a rien d’un long fleuve tranquille. Entre un père violent, mythomane et paranoïaque et une mère soumise et résignée aux accès de folie de son mari, les moments de répit sont rares. Emile peut se réveiller un jour pour découvrir que Tom, son prétendu parrain américain, lui a adressé une lettre l’engageant à défendre sa patrie, ou bien se retrouver embobiné dans des embrouilles visant à menacer de mort un défenseur de l’Algérie libre. Même pour un gamin de douze ans, les évènements se succèdent à une vitesse difficile à avaler ; mais jouer les complices est le meilleur moyen de rester proche d’un père insaisissable, et d’éviter ses coups.

Alors Emile fait ce qu’on lui demande, dépose des lettres anonymes dans des boîtes aux lettres inconnues, tague OAS sur tous les murs de la ville, se prend même tellement au jeu qu’il embarque avec lui Luca, un jeune pied-noir qui n’a rien demandé. Au risque de se retrouver pris au piège dans des affaires de grandes personnes.

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2084, la fin du monde de Boualem Sansal

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En intitulant son dernier roman 2084, Boualem Sansal se place évidemment dans la lignée du 1984 de George Orwell. On s’attend naturellement à y trouver un univers dystopique dominé par un chef suprême tyrannique, et c’est effectivement le cas : le monde dans lequel évoluent Ati et Koa, les deux héros de 2084, se réduit à un immense pays, l’Abistan, gouverné par un être quasiment mythique, Abi, représentant sur terre du dieu Yölah.

Au programme : surveillance des masses, lavage de cerveau, injustices à volonté et purges régulières. Ati et Koa sont les premiers à flairer quelque chose de louche, et ils entament un périple qui les entraîne aux confins de Qodsabab, la capitale de l’Abistan, là où un ghetto rassemble les mécréants, fidèles de Balis – Satan, en gros -, puis dans les méandres de l’Abigouv où ils recherchent Nas, un ministre soudainement déchu pour sa mauvaise gestion d’une découverte archéologique.

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Meursault, contre-enquête de Kamel Daoud

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Qui n’a pas planché, un jour ou l’autre, sur l’Etranger, superstar des programmes de littérature au lycée et régulièrement cité dans le palmarès des livres préférés des Français ? Qui ne s’est jamais demandé pourquoi Meursault se révèle incapable de pleurer à l’enterrement de sa mère, et pourquoi quelques temps plus tard il tue un Arabe sur la plage – à cause du soleil, dit-il ? Combien se sont interrogés sur le sens du procès qui s’ensuit, qui s’attarde plus sur le détachement émotionnel de Meursault que sur son crime ?

Le statut particulier de l’Etranger dans le paysage de la littérature française du XXe siècle en fait un candidat idéal à la réécriture ou à la citation. Kamel Daoud, dans Meursault contre-enquête, saute sur une zone d’ombre : le personnage de l’Arabe, jamais nommé dans l’Etranger, que Meursault tue sans raison. En lui donnant chair par le biais d’un frère qui lui survit, Daoud part à contresens sur les traces de Camus et de Meursault.

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