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L’Orage et la Loutre de Lucien Ganiayre

friedrich moine au bord de la mer

On a vu la fin du monde mille et mille fois. Des torrents de feu et de lave, des déluges dévastateurs, des épidémies mortelles, des attaques extraterrestres, des apocalypses technologiques, des collisions planétaires… Et toujours des survivants, isolés ou par poignées, qui tentent simplement de survivre ou entreprennent de créer un nouveau monde. Le genre du récit post-apocalyptique est en général une partition bien réglée, avec ses passages obligés, et l’intérêt principal réside dans les variations qu’un auteur parvient à imprimer dans le déroulement huilé du récit.

Dans le cas de l’Orage et la loutre, roman posthume de Lucien Ganiayre que les Editions de l’Ogre ont sorti de l’oubli au début de l’année, la première note d’originalité provient de l’apocalypse elle-même : non pas un quelconque cataclysme, mais un énigmatique et brutal arrêt du temps qui laisse Jean des Bories, mystérieusement préservé, seul au monde. Autour de lui, dans le village de campagne où il est instituteur, tout est figé – hommes, animaux, plantes, jusqu’au ciel. Inutile d’essayer de réveiller ou de ranimer les êtres vivants : toute secousse leur redonne leur vie et leur chaleur un instant, puis ils rendent leur dernier soupir.

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Manger de Marie-Odile Beauvais

pantagruel

Margot, mère de famille, aime manger et boire. Une passion qu’elle partage avec nombre de ses amis et qu’elle tâche de transmettre à ses enfants. Elle est un cordon bleu, passionnée par la gastronomie, capable de faire soixante kilomètres pour acheter la râpe à parmesan qui va bien. Manger est son histoire, en une poignée d’instantanés qui la voient partager un repas avec un vieil ami, des oncles et des cousins éloignés, son mari… La table est, pour elle, l’endroit propice pour les confidences, les réminiscences proustiennes et le lavage de linge sale.

Avant tout, dans Manger – évidemment – on mange. Ou plutôt, non, « on ne mange pas, on déjeune, on dîne, on soupe, on grignote, on ripaille, on fait collation ou médianoche, on déguste, on goûte, on dévore et, s’il le faut, on casse la croûte ». Par respect de l’étiquette et par simple gourmandise – culinaire et lexicale. L’écriture de Marie-Odile Beauvais met l’eau à la bouche ; qu’elle évoque la recette de la soupe au potimarron ou le chapon demi-deuil (avec des lamelles de truffe glissées sous la peau), elle fait de la lecture une véritable dégustation. Bel exercice de style qui rappelle Eric Chevillard, capable d’écrire cent pages sur le gratin de chou-fleur – sauf qu’ici les mets sont vraiment appétissants. Rien que pour cette écriture suave, Manger est un plaisir.

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