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Emma de Jacques Boucher de Perthes

amour folie la fontaine

Je vous parlais en début de semaine de Jacques Boucher de Perthes, héros d’un roman de Christine Montalbetti, sorte de génial dilettante qui fut à la fois douanier, écrivain et premier théoricien de la préhistoire. J’étais un peu resté sur ma faim à la lecture de l’Origine de l’homme, et me voilà donc parti à la découverte du Boucher de Perthes romancier, grâce aux éditions José Corti qui ont exhumé dans le cadre de leur Collection Romantique Emma, un roman épistolaire publié en 1852. 

Emma étant apparemment, en littérature, un prénom maudit – celle de Jane Austen s’en tire certes plutôt bien malgré ses difficultés à comprendre ce qui se passe autour d’elle, mais je ne vous ferai pas l’affront de vous rappeler comment finit celle de Flaubert -, il ne faut pas s’attendre ici à un joli roman à l’eau de rose. Certes, la jeune héritière anglaise Emma de North*** est promise à un cousin éloigné, Jules de P*** dont elle est follement amoureuse, et bien qu’elle soit immensément fortunée, ce dernier l’épouse non pour son argent mais pour elle-même.  Tout serait pour le mieux dans le meilleur des mondes si Emma n’était pas régulièrement victime d’accès de démence qui la poussent à attenter à sa vie ou à celle des autres.

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Le Théorème du homard de Graeme Simsion

Prenez un type socialement inadapté, et par là-même absolument incapable d’entretenir une relation suivie avec une femme – disons même, tiens, qu’il est presque puceau. Dotez-le de traits de caractère et de manies antipathiques, tout en le montrant de temps en temps sous un meilleur jour pour le rendre attachant. Il pourra par exemple être un esprit brillant ou se montrer régulièrement désireux d’améliorer ses capacités sociales. Un savant mélange des personnages de Woody Allen dans les années 70 et du Sheldon de The Big Bang Theory fera l’affaire si vous manquez d’inspiration.

Pendant que votre type mijote, prenez une fille tout aussi paumée, mais a priori totalement incompatible avec notre homme. Elle sera à l’aise en société mais craindra de s’engager en amour, refroidie par une rupture douloureuse ou l’exemple déchirant de ses parents. Elle sera quelque peu mal élevée, peu cultivée, aura la langue bien pendue et une légère tendance à la provocation.

Trouvez un prétexte pour les faire se rencontrer, alternez accrochages et moments d’intimité, adoucissez leurs personnalités par petites touches jusqu’à rendre envisageable une vie commune ; bisou, dispute, réconciliation, ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants. Voilà, vous avez écrit votre comédie romantique.

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La Duchesse de Langeais d’Honoré de Balzac

duchesse de langrais 1941

Qui sont donc les Treize, cette société secrète déjà entraperçue dans Ferragus et qui donnent leur nom à ce que Balzac concevait comme une trilogie ? « Assez forts pour se mettre au-dessus de toutes les lois, assez hardis pour tout entreprendre, et assez heureux pour avoir presque toujours réussi dans leurs desseins », ils sont surtout des as de la discrétion : même dans les romans qui leur sont consacrés, ils n’apparaissent guère…

Voyez plutôt l’histoire de la Duchesse de Langeais, deuxième volume de cette trilogie : M. De Montriveau, fascinant personnage revenu de tout, officier glorieux de l’armée napoléonienne, explorateur des coins les plus reculés de l’Afrique, s’éprend d’Antoinette de Langeais, une duchesse dont l’esprit et la beauté sont loués dans tout Paris. Jouissant d’une grande liberté grâce à un mari absent et peu regardant, Antoinette va pouvoir se permettre de jouer pendant plusieurs mois au chat et à la souris avec Montriveau, qu’elle aime confusément mais à qui elle ne veut pas céder. Elle ne découvrira que bien tard, lorsque son déshonneur sera venu, qu’on ne se joue pas impunément d’un homme comme celui-ci.

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A qui la faute ? de Sophie Tolstoï

leon et sophie tolstoi

Suite à la publication en 1891 de la Sonate à Kreutzer, un court roman de son mari Léon dont je parlais il y a quelques jours, Sophie (ou Sofia) Tolstoï écrit son seul et unique roman : A qui la faute ? Celui-ci se veut une réponse au texte très pessimiste de Tolstoï et est construit en miroir par rapport à celui-ci : l’histoire est presque la même, celle d’un couple dont le mariage va se révéler désastreux, se concluant par la mort de l’épouse, malgré l’amour qui unissait au départ les deux conjoints. Mais si Tolstoï permettait au mari de livrer à la première personne sa vision de l’histoire, Sophie va plutôt adopter le point de vue de la femme, Anna. Logique, puisqu’elle semblait considérer que le roman de son mari était inspiré par leur relation à eux.

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La Sonate à Kreutzer de Léon Tolstoï

sonate à kreutzer tolstoi

Quand on traverse la Russie en train, mieux vaut avoir de quoi s’occuper ou bien tomber sur des voisins à la langue bien pendue. Le narrateur de La Sonate à Kreutzer a beaucoup de chance de ce côté là puisque dès le début de son voyage s’engage une conversation entre les passagers de son compartiment, et le sujet abordé semble inépuisable : l’amour. On s’étonne de l’augmentation du nombre de divorces, on se félicite du recul des mariages arrangés, on loue l’amour comme dans une charmante pastorale. Mais voilà qu’un malotru, qui depuis le début du voyage n’a produit qu’un bruit étrange entre le râle et le ricanement, vient jeter un froid en prétendant que l’amour n’existe pas, qu’il n’est qu’une attraction physique éphémère. Et qu’il en sait quelque chose, puisqu’il a tué sa femme.

Sonnés par cette révélation, une bonne partie des voyageurs s’éclipsent. Chez le narrateur, la curiosité l’emporte : il veut entendre l’histoire de cet homme. Qui ne se fait pas beaucoup prier. Pour ne pas dévoiler toute l’intrigue, disons qu’il s’est marié pour fuir une vie de débauché qui avait fini par le dégoûter mais que, dès la lune de miel, ses relations avec son épouses se sont dégradées. Après la naissance de plusieurs enfants, l’amour a laissé la place au ressentiment et  la haine qui alimentent une jalousie délirante, laquelle conduira au meurtre annoncé dès le départ.

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