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Farigoule Bastard de Benoît Vincent

farigoule

Farigoule Bastard est le premier récit régionaliste mais dans le bon sens du terme.

Cet item, un parmi de très nombreux figurant dans une liste placée au beau milieu de Farigoule Bastard (dont « Farigoule Bastard est le premier récit picaresque de vioques » ou « Farigoule Bastard est le premier récit de voyage sur place ») m’a particulièrement fait sourire. Il est vrai que la littérature régionaliste n’a pas bonne presse, et que je ne penserais jamais à en lire. Pourtant, parmi les raisons pour lesquelles j’ai eu envie de lire Farigoule Bastard se trouve ce nom improbable, ce Farigoule, autre nom donné au thym en Provence, qui sent si bon mon sud natal. Et au fil de ma lecture, je me suis accroché à d’autres noms qui m’y ramenaient – les villages d’Eyzahut, de Mévouillon – et aux régionalismes qui peuplent la langue de Farigoule Bastard – ceux que je connais comme le poët ou la baisse, et d’autres inconnus, comme le crau – dont j’apprends, donc, qu’il s’agit d’une « plaine semée de pierres et de galets arrondis, couverte d’une steppe propices aux activités pastorales ».

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Data Transport de Mathieu Brosseau

courrier

Au début du roman, M. naît une deuxième fois. Repêché, nu, par un cargo nommé Data Transport, dans les eaux de l’océan. Comme un nourrisson, il ne maîtrise qu’à peine le langage : seule une lettre passe ses lèvres, le B. A la fois babil et bégaiement, il le répète inlassablement.

Etant donné son infirmité, M. trouve un métier qui ne nécessite quasiment aucun contact avec d’autres. Il est chargé de traiter, dans un centre de tri postal, les NPAI – N’habite Pas à l’Adresse Indiquée -, des lettres qui se sont égarées. A travers ces fragments, le plus souvent nébuleux mais bavards, M. reconstruit un peu de son identité en endossant les mots des autres.

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The Familiar, volume 1 de Mark Z. Danielewski

danielewski the familiar

Il était attendu de pied ferme, ce premier volume de The Familiar. C’est que Danielewski, après avoir sorti deux des romans les plus hallucinants des années 2000 – House of leaves et Only Revolutions – nous a laissés presque sans nouvelles pendant dix ans. Il y a bien eu la publication, il y a trois ans, d’un texte de 2005, The fifty-year Sword, où l’on retrouvait avec joie le goût de l’auteur pour les jeux avec la mise en page et la typographie dans un conte horrifique des plus convaincants ; mais cela n’avait rien de comparable avec l’attente suscitée par le projet The Familiar.

L’argument-choc, d’abord, c’est l’envergure du projet : si tout se passe bien, The Familiar comptera 27 volumes. Le premier, sous-titré One rainy day in may, est sorti au début du mois ; le deuxième est déjà en préparation et sortira chez Panthéon en octobre. Connaissant Danielewski, on peut imaginer que chacun des volumes sera d’une taille comparable au premier ; 27 fois 800 pages, donc : un monstre. On se demandait bien, donc, ce que Danielewski allait pouvoir raconter sur plus de 20.000 pages, et ses premières déclarations – ce serait l’histoire d’une petite fille qui trouve un chat – avaient de quoi intriguer. On en sait désormais un peu plus

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Mécanismes de survie en milieu hostile d’Olivia Rosenthal

marais glacé de cocyte - gustave doré

Les faits ne se contentent pas d’arriver, ils reviennent. Qu’on les accepte ou non, ils sont plus insistants et plus entêtés que les stratagèmes qu’on invente pour les éviter. Ecrire fait partie de ces stratagèmes. On croit contrôler, répartir, organiser et tenir le réel sous sa coupe et la plupart du temps on se laisse déborder.

C’est sur cette note d’intention qui sonne comme un avertissement que s’ouvre Mécanismes de survie en milieu hostile. Le fait qui va revenir tout au long des cinq chapitres qui composent le roman est de ceux que quiconque voudrait tenir à distance et oublier par tous les moyens possibles : la disparition d’une soeur. Par l’écriture, Olivia Rosenthal cherche à l’enrober, le voiler, l’occulter si possible. C’est précisément ce travail qui rend l’évènement plus insoutenable encore.

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