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Booming de Mika Biermann

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Pourquoi voudrait-on se rendre à Booming ? Tout le monde a mis Lee Lighttouch et Pato Conchi en garde : il n’y a rien là-bas. Ce pourrait être une ville-champignon comme il y en a un peu partout dans l’Ouest américain, mais sa réputation est telle que personne ne s’y rend jamais. Ce n’est pourtant pas qu’elle soit réputée particulièrement dangereuse, ou mal famée, mais enfin…

Lighttouch et Conchi ont cependant une bonne raison de s’y rendre : trouver Kid Padoon, détestable malfrat responsable du ravissement d’une demoiselle manifestement en détresse. Encore que ce motif ne soit qu’un prétexte trouvé par Mika Biermann pour s’amuser un peu sur le grand terrain de jeu qu’est le western, avec tous ses codes et ses clichés.

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A la recherche de New Babylon de Dominique Scali

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Depuis quelques années, j’ai l’impression que le Far West fait un retour tonitruant en littérature. J’ai déjà eu l’occasion de le dire lorsque j’ai écrit mon billet sur le décevant Faillir être flingué de Céline Minard : le western est loin d’être mon genre de prédilection ; au cinéma, c’est même quelque chose que j’ai tendance à fuir comme la peste. Mais c’est justement, je crois, ce manque d’intérêt initial qui me pousse à lire des textes s’insérant dans cet imaginaire : j’ai envie de savoir ce que des auteurs peuvent trouver à dire à partir de ce genre qui m’ennuie, vers quelles limites ils peuvent réussir à le repousser.

Dans le cas de A la recherche de New Babylon, je ne peux que me féliciter d’être passé outre mes réticences. Le roman de Dominique Scali, jeune auteure québécoise, est en quelque sorte l’antidote au Faillir être flingué de Minard, auquel je n’ai pas pu m’empêcher de le comparer tout au long de ma lecture.

Le dispositif, au départ, est similaire : les deux romans nous proposent de suivre une poignée de personnages quasi-archétypaux : ici, quelques aventuriers qui évoluent sur le fil de la loi, un ou deux shérifs, des tenanciers de saloon et des chercheurs d’or peu scrupuleux et, au gré de ce qui s’apparente à un long road trip, des êtres plus banals, plus tranquilles, composant des familles puritaines retirées du grand chahut qu’est la conquête de l’Ouest.

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Faillir être flingué de Céline Minard

le bon la brute et le truand

« Un western plein de souffle, d’ humour et de beauté sauvage », « un grand roman saisissant de maîtrise, mais aussi souvent époustouflant de beauté », « sacrément bien construit et exécuté avec tout ce qu’il faut d’irrespect pour la tradition », « roman polyphonique et virtuose sur le destin des pionniers du Nouveau Monde », « cette langue somptueuse aux allures de chant par laquelle le roman prend des airs d’épopée »…

Oui, quand je passe particulièrement à côté d’un roman qui a reçu des critiques élogieuses, j’aime bien aller les relire attentivement pour essayer de confronter ma lecture à ces points de vue. L’exercice est assez inutile puisque j’en ressors à peu près toujours sans revoir mon jugement et avec en plus l’impression que tous ces gens sont fous/bourrés de coke/grassement payés sous la table (ici, vu l’éditeur, je ne retiendrais pas cette hypothèse) et que je suis la dernière personne sensée sur cette terre – car il est important d’avoir une bonne estime de soi. Mais tout de même, pour Faillir être flingué, je me sens très seul. Tout juste ai-je pu compter sur le billet de Tu vas t’abîmer les yeux pour trouver un peu de compagnie – merci à elle.

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Pas billy the kid de Julien d’Abrigeon

billy the kid photo

Parmi les figures du Far-West, Billy the Kid est une des plus connues, et comme nombre de ses confrères hors-la-loi de l’époque, le Kid a emporté dans sa tombe bien des questions.Si l’on suppose qu’il avait vingt-et-un ans lorsqu’il est mort, et si on lui attribue précisément vingt-et-une victimes, son identité exacte reste longtemps floue, recouverte par plusieurs couches de pseudonymes

Pas billy the kid n’est en aucun cas une tentative de fixer la biographie de ce héros paradoxal de l’Ouest ; ce n’est même pas l’histoire de Billy the Kid. Tout au plus est-ce l’histoire de pas Billy the Kid, comme son titre l’indique bel et bien, l’histoire de tous ceux qui furent presque le Kid, de ceux qui l’ont incarné au cinéma ou encore de cet homme qui, en 1950, déclara qu’il était le véritable Kid et que celui abattu par Pat Garrett n’était qu’un anonyme.

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Tristesse de la terre d’Eric Vuillard

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Tout le monde a déjà vu cette photo mettant en scène Sitting Bull et Buffalo Bill. Le cowboy, avec son stetson et son bandana caractéristiques, le torse bombé, semble dominer le chef sioux au regard bas et à l’air buté. L’image pourrait immortaliser une trêve entre deux combattants qui s’estiment, ou la signature d’un des nombreux traités privant les Indiens d’une partie de leurs terres. Il s’agit en réalité d’une simple photo promotionnelle pour le spectacle de Buffalo Bill, le Wild West Show, dans lequel Sitting Bull vient d’être engagé.

Car Buffalo Bill, bien que son nom soit un des plus célèbres du Far West, n’a jamais combattu le moindre Indien, si ce n’est dans une arène et avec des balles à blanc. Simple chasseur de bisons, il est entré dans l’Histoire grâce à une idée de génie : ce spectacle qui a été montré partout en Amérique et même en Europe, et qui a fondé notre vision collective de la Conquête de l’Ouest. La tenue typique du cow-boy, les Indiens constamment coiffés d’imposantes parures de plumes, les cris des Sioux (« Ils font claquer leur paume sur leur bouche, whou ! whou ! whou ! Et cela rend une sorte de cri sauvage, inhumain »), tout cela est inventé par Buffalo Bill et sera repris à l’envi par le cinéma, le roman et la BD.

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