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Annabel de Kathleen Winter

hermaphrodite-endormi

Dans un village perdu dans la nature rude et sauvage de Terre-Neuve, naît à la fin des années 60 , un bébé au sexe imparfaitement formé, indéterminé. Sa mère tente de cacher un temps sa particularité physique au père, un homme plutôt rustre et brutal. Mais bien vite, une décision doit être prise : le bébé sera opéré, et son sexe choisi par ses parents. Ce sera un garçon, Wayne. Pourtant, la mère regrette d’avoir, par ce geste chirurgical, perdu la petite fille qu’elle imaginait. Wayne, tiraillé entre deux identités, va passer toute sa jeunesse à payer les pots cassés de cette décision prise trop vite.

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L’Odeur du Minotaure de Marion Richez

picasso-dora et le minotaure

Marjorie a vécu une ascension fulgurante. De sa petite ville de province étriquée, elle est passée aux grandes prépas parisiennes et à l’ENA, pour finir plume d’un ministre. Son passé est oublié, effacé, ses contacts avec ses parents, issus de la classe moyenne, ont été réduits à néant. Son premier amour, Thomas, fils de bourgeois bien conscient de sa supériorité de classe, elle l’a enterré le jour où elle a quitté son appartement avec fracas, menaçant de le tuer s’il manifestait encore une fois du mépris pour sa condition sociale.

L’oubli, évidemment, a un prix : pour faire disparaître la petite fille qu’elle était, Marjorie a dû se construire une armure à toute épreuve. Au travail comme dans ses relations personnelles, Marjorie est une guerrière, un être hybride qui se défait peu à peu de son humanité.

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Le Roi disait que j’étais diable de Clara Dupont-Monod

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On me dit jolie, turbulente, ambitieuse. J’ai grandi dans un château posé sur la lande et je porte un prénom dont l’origine divise les poètes. Aliénor : Alaha an Nour, Dieu est lumière, en hommage à l’Espagne musulmane que mon Aquitaine a toujours aimée. Elienenn, en gaélique, qui signifie l’étincelle. Eleos en grec, « compassion ». Leneo pour le latin, « adoucir ». Il faut se méfier des mots. Ils racontent n’importe quoi. Mon prénom est un monde et personne n’y laisse son empreinte. Ni Dieu ni roi.

Dans le grand roman de l’Ancien Régime émergent quelques figures féminines. Le fait est déjà rare, mais il est encore moins courant qu’on les considère de manière positive. Le plus souvent, leurs liens avec le pouvoir sont décrits comme troubles – ce sont des épouses ou des maîtresses qui mènent un roi ou un duc à la baguette et tirent les ficelles dans l’ombre. Au mieux, on admire leurs talents de manipulatrices, comme Madame de Maintenon. Au pire, on les imagine un peu sorcières, comme Catherine de Médicis.

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La Peau de l’ours de Joy Sorman

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Dans le précédent roman de Joy Sorman, Comme une bête, il était question d’un garçon-boucher passionné par la sensualité cruelle de son métier, fasciné par la viande et le sang mais aussi par les animaux destinés à l’abattoir avec lesquels il entretenait une relation ambiguë, presque amoureuse. Au point de s’identifier à eux et de basculer dans une animalité oubliée. Comme une bête était un texte étonnant et détonant, loin d’être évident, mais dont se dégageait une force indéniable. Pour cette rentrée, Joy Sorman nous propose de faire le trajet inverse : après Pim, le boucher devenu bête, notre narrateur sera un ours un peu trop humain.

Un ours, ou plutôt plusieurs : né dans une atmosphère de légende médiévale de l’union contre-nature d’un ours et d’une femme enlevée et violée, notre narrateur sera tour à tour la propriété d’un montreur d’ours qui écume les foires de France, d’un amateur de combats d’animaux sauvages du Nouveau Monde, d’un cirque spécialisé dans les freaks et d’un zoo de la deuxième moitié du XXe siècle, tous parlant d’une seule voix. A travers ce narrateur multiple, c’est toute l’histoire de la relation entre l’homme et l’ours qui se dessine.

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La Vénus à la fourrure de Leopold von Sacher-Masoch

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Sortez les fouets et les cordes, le billet d’aujourd’hui va faire mal. Ou va vous faire du bien, selon vos penchants. Avez-vous déjà rêvé d’être ligoté aux pieds d’une femme-déesse prête à faire de vous tout ce dont elle a envie ? Pas moi, mais cela ne m’a pas empêché d’apprécier la Vénus à la fourrure, court roman qui se présente comme le catalogue des fantasmes de Sacher-Masoch et qui a largement contribué à définir ce qu’est le masochisme.

La déesse s’appelle ici Wanda. Séverin, notre narrateur, la rencontre par hasard dans un hôtel est est aussitôt fasciné par sa beauté de marbre. Elle sera sa Vénus, archétype de la femme cruelle et égoïste qui domine ses amants et ne se veut guidée que par le plaisir de ses sens. Wanda hésite pour commencer, mais comprend bien vite que jouer à la dominatrice sera le seul moyen de garder auprès d’elle l’homme dont le charme l’a troublée. Les deux amants signent un contrat stipulant que Séverin devient l’esclave de Wanda, qui obtient droit de vie et de mort sur lui, qui devra se faire passer pour son valet afin de rendre son humiliation plus grande. La seule contrepartie : elle devra porter, le plus souvent possible, des fourrures pour stimuler l’imaginaire sexuel de son esclave.

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