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A qui la faute ? de Sophie Tolstoï

leon et sophie tolstoi

Suite à la publication en 1891 de la Sonate à Kreutzer, un court roman de son mari Léon dont je parlais il y a quelques jours, Sophie (ou Sofia) Tolstoï écrit son seul et unique roman : A qui la faute ? Celui-ci se veut une réponse au texte très pessimiste de Tolstoï et est construit en miroir par rapport à celui-ci : l’histoire est presque la même, celle d’un couple dont le mariage va se révéler désastreux, se concluant par la mort de l’épouse, malgré l’amour qui unissait au départ les deux conjoints. Mais si Tolstoï permettait au mari de livrer à la première personne sa vision de l’histoire, Sophie va plutôt adopter le point de vue de la femme, Anna. Logique, puisqu’elle semblait considérer que le roman de son mari était inspiré par leur relation à eux.

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La Sonate à Kreutzer de Léon Tolstoï

sonate à kreutzer tolstoi

Quand on traverse la Russie en train, mieux vaut avoir de quoi s’occuper ou bien tomber sur des voisins à la langue bien pendue. Le narrateur de La Sonate à Kreutzer a beaucoup de chance de ce côté là puisque dès le début de son voyage s’engage une conversation entre les passagers de son compartiment, et le sujet abordé semble inépuisable : l’amour. On s’étonne de l’augmentation du nombre de divorces, on se félicite du recul des mariages arrangés, on loue l’amour comme dans une charmante pastorale. Mais voilà qu’un malotru, qui depuis le début du voyage n’a produit qu’un bruit étrange entre le râle et le ricanement, vient jeter un froid en prétendant que l’amour n’existe pas, qu’il n’est qu’une attraction physique éphémère. Et qu’il en sait quelque chose, puisqu’il a tué sa femme.

Sonnés par cette révélation, une bonne partie des voyageurs s’éclipsent. Chez le narrateur, la curiosité l’emporte : il veut entendre l’histoire de cet homme. Qui ne se fait pas beaucoup prier. Pour ne pas dévoiler toute l’intrigue, disons qu’il s’est marié pour fuir une vie de débauché qui avait fini par le dégoûter mais que, dès la lune de miel, ses relations avec son épouses se sont dégradées. Après la naissance de plusieurs enfants, l’amour a laissé la place au ressentiment et  la haine qui alimentent une jalousie délirante, laquelle conduira au meurtre annoncé dès le départ.

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Kinderzimmer de Valentine Goby

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Il faut des historiens pour rendre compte des évènements ; des témoins imparfaits, qui déclinent l’expérience singulière ; des romanciers, pour inventer ce qui a disparu à jamais: l’instant présent.

Cette phrase, c’est l’héroïne de Kinderzimmer qui la prononce, soixante ans après sa sortie du camp de Ravensbrück. Elle semble aussi définir la démarche de Valentine Goby qui prend ici à bras le corps un des sujets les plus difficiles qui soient.

Ce qui a disparu à jamais, tout d’abord, c’est Ravensbrück lui-même. Pas d’archives, peu de bâtiments encore debout. Tout ce qui reste, ce sont les fragiles témoignages des survivants – des survivantes, devrait-on dire, car Ravensbrück accueille presque exclusivement des femmes. Des témoignages qu’il est évidemment important de sauvegarder. Valentine Goby, après avoir découvert l’existence d’une Kinderzimmer, une chambre réservée aux soins des nourrissons, dans le camp, a rencontré nombre d’anciens déportés et s’attache ici à leur rendre hommage en suivant Mila. Celle-ci est enceinte lorsqu’elle arrive à Ravensbrück. Déportée politique, elle traduisait pour les alliés des codes sous forme de partitions. Elle va passer un an dans le camp, où son enfant verra le jour.

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Les Contes d’Eva Luna d’Isabel Allende

gravure dore bible - la pentecote

Ce week-end j’ai fait un truc qui change, un truc dont je ne suis pas peu fier : j’ai lu un livre en espagnol. Pour la première fois. Cinq ou six ans après avoir arrêté d’étudier cette langue, pour laquelle je n’ai d’ailleurs jamais été très doué. Que s’est-il passé ? Je n’ai pas reçu le don de glossolalie par opération du Saint-Esprit, j’ai simplement emprunté à la bibliothèque un livre de la collection « Lire en espagnol » du Livre de Poche. J’avais entendu parler de cette collection il y a quelques années et j’avais trouvé le principe intéressant : au texte original sur la page de gauche correspondent sur la page de droite des notes très abondantes sur le vocabulaire et les tournures pouvant poser problème. Bien plus motivant qu’une édition bilingue dans laquelle il est tentant, par facilité, de se contenter du texte en français la majeure partie du temps…

Avant de parler du recueil de nouvelles Cuentos de Eva Luna je voulais donc vous recommander chaudement cette collection car je connais beaucoup de gens qui regrettent de ne pas pouvoir lire dans une langue étrangère (l’anglais, le plus souvent) : les collection « Lire en… » permettent de prendre confiance en ses capacités (car à force d’entendre que « les Français sont nuls en langues », on a envie d’y croire, non ?) et de s’acclimater aux tournures particulières qu’on ne trouve pas forcément dans les manuels… Avant de se lancer sans filet dans la lecture d’une « vraie » édition originale. Un petit bémol cependant : dans nombre de cas, les oeuvres disponibles sont des recueils de nouvelles et, dans le cas de Cuentos de Eva Luna et de quelques autres, celles-ci sont extraites de recueils plus importants.  La collection en anglais propose également des romans, ce qui évite ce problème.

Venons-en, donc, à Isabel Allende. Je me rappelle avoir été enchanté par La cité des dieux sauvages, un roman que j’ai lu alors que j’avais quatorze ou quinze ans ; j’étais donc ravi à l’idée d’une deuxième rencontre avec cette auteure chilienne. Et si mon petit volume en espagnol ne contient pas l’intégralité des 23 contes d’Eva Luna mais seulement six d’entre eux, il m’a donné envie de me replonger prochainement dans l’univers d’Isabel Allende.

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Chambre 2 de Julie Bonnie

Venus of Willendor 3 angles

Il existe sur TF1 une curieuse émission intitulée Baby Boom qui permet à tous les fans de placenta et d’allaitement de vivre leur passion à fond. On y suit des femmes, enceintes jusqu’aux yeux, de leur admission en maternité à la (généralement) joyeuse délivrance, à grands renforts de montage dramatique et de chansons avec Beautiful dans le titre parce qu’on est là pour assister à un putain de miracle quotidien, et pour faire pleurer dans le chaumières. Les fans de Baby Boom seront donc ravis d’apprendre qu’un roman existe maintenant pour les faire patienter entre deux saisons : Chambre 2 de Julie Bonnie, récemment primé par la Fnac (et rejoignant ainsi les autres énigmes de la rentrée littéraire). Béatrice, la narratrice, est auxiliaire puéricultrice en maternité et constitue donc un témoin de choix pour décrire ce qui se passe dans ce genre de service ;  de chambre en chambre, elle nous décrira le cas particulier que constitue chaque jeune maman, ce qui lui permettra entre autres de s’apitoyer sur son propre sort.

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