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Ruines-de-Rome de Pierre Senges

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Combien a-t-on vu d’apocalypses ? Combien de fois le monde devra-t-il disparaître sous l’assaut d’une catastrophe écologique, d’un cataclysme nucléaire, d’une épidémie ou d’une collision   de la Terre avec un autre corps céleste ? N’en verra-t-on jamais la fin, franchement ?

Eh bien non, car voilà que Pierre Senges a l’idée d’une apocalypse bien à lui, qui nous changera des canons du genre – on n’en attendait pas moins d’un tel auteur. Dans Ruines-de-Rome, Senges imagine une fin du monde par les plantes ; une fin du monde douce et invisible, insidieuse, une dévoration lente mais inexorable de la civilisation par le monde végétal, orchestrée par un jardinier minutieux et déterminé. Ce jardinier, héros – si l’on peut dire – et narrateur de Ruines-de-Rome, a une première vision de cette apocalypse en voyant les racines d’un frêle arbrisseau desceller les dalles d’un chemin et soulever le goudron qui le borde. A partir de là, il n’aura de cesse de répandre graines et jeunes pousses dans la ville pour y semer le chaos.

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Charøgnards de Stéphane Vanderhaeghe

les oiseaux

Sont-ils plus nombreux réellement ou soudain plus visibles ? Est-ce notre attention qu’ils réclament, ces figurants de notre existence au devant de laquelle ils se sont lentement charogné un passage ?

Ou en veulent-ils à notre peau ?

N’était leur nombre croissant à vue d’oeil, ils paraissent pour l’instant bien inoffensifs. Ce que je me disais hier en rentrant chez moi sous leur haie d’horreur, ce que je disais hier à C. aussi en tentant de la tranquilliser après avoir pris le pouls du village de plus en plus vide, de plus en plus vite. Ce que je me suis bien gardé de lui dire hier une fois rentré.

Petit à petit, les charognards ont tout envahi. Des corbeaux, des freux, des corneilles, des choucas, ou même des pies ou des geais – le narrateur ne saurait le dire, lui qui consigne le récit de leur inévitable invasion dans son journal. Au départ, ils semblaient inoffensifs ; tout juste semblaient-ils chaque jour, pour l’observateur averti, un peu plus nombreux que la veille. Mais au fil des jours, il devient impossible d’ignorer ce manteau noir qui se met à recouvrir le monde.

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L’Orage et la Loutre de Lucien Ganiayre

friedrich moine au bord de la mer

On a vu la fin du monde mille et mille fois. Des torrents de feu et de lave, des déluges dévastateurs, des épidémies mortelles, des attaques extraterrestres, des apocalypses technologiques, des collisions planétaires… Et toujours des survivants, isolés ou par poignées, qui tentent simplement de survivre ou entreprennent de créer un nouveau monde. Le genre du récit post-apocalyptique est en général une partition bien réglée, avec ses passages obligés, et l’intérêt principal réside dans les variations qu’un auteur parvient à imprimer dans le déroulement huilé du récit.

Dans le cas de l’Orage et la loutre, roman posthume de Lucien Ganiayre que les Editions de l’Ogre ont sorti de l’oubli au début de l’année, la première note d’originalité provient de l’apocalypse elle-même : non pas un quelconque cataclysme, mais un énigmatique et brutal arrêt du temps qui laisse Jean des Bories, mystérieusement préservé, seul au monde. Autour de lui, dans le village de campagne où il est instituteur, tout est figé – hommes, animaux, plantes, jusqu’au ciel. Inutile d’essayer de réveiller ou de ranimer les êtres vivants : toute secousse leur redonne leur vie et leur chaleur un instant, puis ils rendent leur dernier soupir.

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