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La Carte des Mendelssohn de Diane Meur

FrometetMosesMendelssohn

Abraham Mendelssohn Bartoldy (1776-1835), né et mort à Berlin, banquier de son état, n’aurait rien d’un héros de roman s’il n’était un anonyme coincé entre deux illustres : son père, Moses Mendelssohn (1729-1786), philosophe des Lumières considéré comme le Voltaire allemand, et son fils, Felix Mendelssohn (1809-1847), le fameux compositeur romantique à peu près aussi précoce que Mozart.

En 2010, Diane Meur commence à enquêter sur Abraham, ce « néant entre deux génies », avec une idée de roman derrière la tête : un roman « sur le vide et les filiations ». Elle qui ressent le besoin d’investir par la fiction un vide du réel ne se voit pas se frotter à une biographie de Moses ou de Felix ; mais cet entre-deux ferait l’affaire. Hélas, Abraham n’est pas tout à fait un inconnu. Une biographie de près de 700 pages lui est consacrée. Diane Meur constate qu’il n’était pas si insignifiant qu’elle le pensait, malgré l’ombre de son père puis de son fils. Mais le projet de roman s’arrête, a priori, ici : à quoi bon romancer la vie d’un personnage quand elle est si bien documentée ? Dans quels interstices la romancière pourrait-elle se faufiler ?

La Carte des Mendelssohn est pourtant le récit de ce roman en train de se faire. Au-delà de Moses, de Felix et d’Abraham, Diane Meur découvre, grâce à un CD-ROM généalogique de la famille édité par une fondation dédiée à sa mémoire, la vaste étendue de ses ramifications. Sur sept générations, la famille Mendelssohn couvre quatre continents, va et vient entre trois religions, fonde plusieurs dynasties parallèles et produit assez régulièrement de brillants musiciens, des banquiers de renom ou encore des mathématiciens surdoués. En suivant les branches de l’arbre depuis Moses et ses dix enfants, Diane Meur retrouve la trace de pas loin de 700 individus. Un condensé d’humanité, et autant de potentiels sujets de roman.

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