Indignation de Philip Roth

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Puisque Philip Roth a décidé de cesser d’écrire et que sa décision semble irrévocable, il ne nous reste plus qu’à remonter le cours de son oeuvre, qui est déjà bien imposante. Plus ou moins au hasard, j’ai jeté mon dévolu sur Indignation, un de ses derniers romans.

On retrouve, au début, les lieux et éléments familiers de nombreux romans de Roth : Newark, la communauté juive, l’hôpital Beth Israel… Mais le narrateur, Marcus Messner, cherche justement à s’échapper de ce qui est devenu un enfer depuis qu’il a commencé ses études et que son père, qui tient une boucherie kasher, s’est mis à le harceler de questions sur ses activités extra-scolaires. Etouffé par l’inquiétude de son père qui vire à la paranoïa, il s’inscrit dans une petite université perdue de l’Ohio, où il compte bien rester suffisamment longtemps pour ne pas être appelé à combattre dans la guerre qui fait rage en Corée.

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Kinderzimmer de Valentine Goby

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Il faut des historiens pour rendre compte des évènements ; des témoins imparfaits, qui déclinent l’expérience singulière ; des romanciers, pour inventer ce qui a disparu à jamais: l’instant présent.

Cette phrase, c’est l’héroïne de Kinderzimmer qui la prononce, soixante ans après sa sortie du camp de Ravensbrück. Elle semble aussi définir la démarche de Valentine Goby qui prend ici à bras le corps un des sujets les plus difficiles qui soient.

Ce qui a disparu à jamais, tout d’abord, c’est Ravensbrück lui-même. Pas d’archives, peu de bâtiments encore debout. Tout ce qui reste, ce sont les fragiles témoignages des survivants – des survivantes, devrait-on dire, car Ravensbrück accueille presque exclusivement des femmes. Des témoignages qu’il est évidemment important de sauvegarder. Valentine Goby, après avoir découvert l’existence d’une Kinderzimmer, une chambre réservée aux soins des nourrissons, dans le camp, a rencontré nombre d’anciens déportés et s’attache ici à leur rendre hommage en suivant Mila. Celle-ci est enceinte lorsqu’elle arrive à Ravensbrück. Déportée politique, elle traduisait pour les alliés des codes sous forme de partitions. Elle va passer un an dans le camp, où son enfant verra le jour.

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Histoire des Cathares de Michel Roquebert

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Michel Roquebert propose avec Histoires des Cathares la synthèse de trente ans de recherche sur le sujet, et sans doute le bouquin d’histoire le plus passionnant qui me soit tombé entre les mains.
Si l’histoire des cathares est avant tout celle de la croisade albigeoise et de l’Inquisition, au XIIIe siècle, elle couvre un pan d’Histoire immense, de la naissance des thèses théologiques qui sont à l’origine du catharisme au Xe siècle jusqu’aux derniers bûchers au XVe, et un espace tout aussi conséquent, de la côte méditerranéenne de l’Espagne à la Lombardie italienne. Sans compter que la lutte contre les cathares va impliquer l’Empire et même l’Angleterre car ses implications politiques sont tentaculaires – elle va avant tout permettre au royaume de France de s’étendre largement au sud, presque jusqu’aux Pyrénées, dans une zone qui était jusqu’alors sous la protection du roi d’Aragon.

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Les énigmes de la rentrée littéraire : Trois grands fauves d’Hugo Boris, Arden de Frédéric Verger

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Toute rentrée littéraire arrive avec son lot d’évènements prévisibles : il y a le nouveau Nothomb, le bouquin qui fera polémique, le débat sur l’intérêt des prix littéraires et la mainmise de Galigrasseuil sur ceux-ci, le jeune prodige qui sort un premier roman bluffant de maturité, et au milieu de tout ça il y a les romans dont on entend parler partout, qui gagnent même parfois des prix, et dont on se demande bien pourquoi ils ont un tel  succès : les énigmes de la rentrée littéraire.

Cette année, deux des romans salués par la critique sélectionnés par de nombreux prix me laissent perplexes : Trois grands fauves d’Hugo Boris (finaliste du prix Fnac et dans la sélection du Prix du Style) et Arden de Pierre Verger (dans les listes Goncourt, Medicis, Renaudot et Décembre !).

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Le Quatrième Mur de Sorj Chalandon

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Après avoir décroché le grand prix de l’Académie Française avec Retour à Killybegs en 2011, Sorj Chalandon est, dit-on, un des candidats les mieux placés dans la course au Goncourt avec Le Quatrième Mur. Considérant qu’il est le premier des romans de la sélection des amis de chez Drouant que je lis, je ne me prononcerai pas sur ses chances même s’il me semble qu’il ferait un bien beau Goncourt.

Le Quatrième Mur nous plonge au coeur de la guerre du Liban, au début des années 80, avec pour guide Georges, un jeune metteur en scène de la génération mai 68. Eternel étudiant, militant d’extrême-gauche n’hésitant pas à aller jusqu’à mettre sa vie en danger dans des rixes avec des représentants de l’extrême droite la plus dure, indéfectible défenseur de la Palestine, il rencontre Sam, homme de théâtre lui aussi. Profondément malmené par l’histoire (parents déportés, exil forcé après avoir été torturé en Grèce, son pays natal), celui-ci va remettre en question les engagements de Georges. C’est également lui qui, hospitalisé, l’enverra au Liban pour réaliser son grand projet  : monter l’Antigone d’Anouilh avec une équipe de comédiens mêlant toutes les communautés du pays en guerre. Sam a entamé les premières démarches ; le reste repose entre les mains de Georges, qui laisse femme et enfant derrière lui pour découvrir le Liban.

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CosmoZ de Claro

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Nés avec le siècle de l’imagination de L. Frank Baum, les héros du Magicien d’Oz sont bien connus de tous. Dorothy, une jeune fille originaire du Kansas, rencontre ses trois compères dans un monde merveilleux dans lequel elle est propulsée par une tornade : l’épouvantail, l’homme en fer blanc et le lion. Chacun a une bonne raison d’accomplir la longue quête qui leur permettra d’obtenir l’intervention du fameux magicien d’Oz, retranché dans sa Cité d’Emeraude : Dorothy veut simplement rentrer chez elle ; l’épouvantail désire un cerveau, l’homme en fer blanc un coeur, et le lion être doté du courage qui lui manque. Fidèle à un schéma propre au conte (Baum reprenant nombre d’ingrédients piochés chez Grimm), les quatre compagnons de fortune doivent affronter une série d’épreuves, pour la plupart envoyées par la sorcière de l’Ouest qu’ils doivent tuer afin que le magicien exauce leurs voeux.

Surtout connu en France par le biais du film de 1939 avec Judy Garland (le roman, lui, ne sera publié chez Flammarion que quarante ans plus tard), le Magicien d’Oz de Baum souffre d’une image assez mièvre. J’avouerai d’ailleurs n’avoir jamais pu me résoudre à voir le film en entier, et n’avoir jamais même eu l’idée de me plonger dans l’oeuvre de L. Frank Baum. Claro se sert pourtant de cette matière première pour s’offrir une virée kaléïdoscopique et fascinante dans le chaos de la première partie du XXe siècle, où la féerie est volontiers remplacée par une violence propre à détruire les moindres illusions de cette pauvre Dorothy.

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