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Rom@ de Stéphane Audeguy

caesar III

Nouveau venu, qui cherches Rome en Rome
Et rien de Rome en Rome n’aperçois,
Ces vieux palais, ces vieux arcs que tu vois,
Et ces vieux murs, c’est ce que Rome on nomme.

Vois quel orgueil, quelle ruine : et comme
Celle qui mit le monde sous ses lois,
Pour dompter tout, se dompta quelquefois,
Et devint proie au temps, qui tout consomme.

Cinq siècles après du Bellay, Rome continue de mourir. Stéphane Audeguy lui prête sa voix dans Rom@, et exprime l’agonie de la Ville qui, désespérément Eternelle, ne peut jamais tout à fait reposer en paix. De sa fondation à son présent en passant par la période fasciste ou son grand incendie, Rome nous parle, se joue du temps et de l’espace, mais finit toujours par revenir à un mystère qui l’habite et la duplique : Rom@, un jeu vidéo plus vrai que nature qui transporte ses joueurs dans la Rome Antique, celle de Constantin, avec un réalisme tel que les frontières entre le virtuel et le tangible se brouillent.

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Karpathia de Mathias Menegoz

carpathes menegoz

Quand le peuple est paisible, on ne voit pas par où le calme peut en sortir, et, quand il est en mouvement, on ne comprend pas par où le calme peut y rentrer.

Cette maxime répétée par son père, le comte Alexander Korvanyi, heureux héritier d’une vieille famille possédant d’immenses terres s’étendant tout autour de la Transylvanie, va en prendre toute la mesure au cours de l’été 1833. Fraîchement libéré de ses obligations vis-à-vis de l’armée, où il a fait une carrière remarquée, jeune époux de la ravissante autrichienne Cara Von Amprecht, il décide de rentrer sur la terre de ses ancêtres, qu’il n’a jamais vue mais qui lui paraît pleine de promesses. Il est d’ailleurs temps de reprendre en main ce territoire qui, laissé aux mains d’un intendant manifestement peu zélé, rapporte bien moins qu’il ne le devrait. La route depuis Vienne est longue et difficile, mais rien ne pourra empêcher Alexander de mener ses projets à bien…

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La Ligne des glaces d’Emmanuel Ruben

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Insomnies. Journées noires. Nuits blanches. Rêve et réalité qui s’enchevêtrent. Ennui, solitude, mélancolie. De quoi se joindre au concert larmoyant des expatriés et regretter amèrement d’avoir accepté à la va-vite un poste dans un pays dont je ne savais rien, dont je ne souhaitais rien savoir. Dire que je me suis porté volontaire ! Et même volontaire international ! Comment conjurer ce pénible sentiment de vivre nulle part et hors du temps ? Une seule solution. La voici. Écrire. Écrire ce livre. Tenir un journal de bord. Y consigner pêle-mêle rêves, impressions, réflexions, coupures de journaux, citations extraites de mes lectures. En en-tête de chaque page quadrillée, noter scrupuleusement le jour, la date – et pourquoi pas l’heure, la minute, la seconde.

Ce pays, dont Samuel Vidouble ignorait tout avant d’y arriver comme volontaire international, se situe quelque part sur la côte de la mer Baltique. Fragment de l’URSS démembrée, ce petit bout de terre cherche depuis l’explosion du bloc son identité. La mission de Samuel, apparemment mineure, doit l’aider à la raffermir tout en réglant définitivement de vieilles querelles avec les pays limitrophes : il s’agit de définir précisément les frontières maritimes du pays, en établissant une carte « au pixel près » de son littoral et de ses îles.

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Charlotte de David Foenkinos

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David en a assez.
On ne le prend pas assez au sérieux.
Avant, il écrivait des bluettes.
Maintenant, il écrit des livres sur le mal de vivre.
Avec un peu d’espoir à la fin quand même.
Ca ne suffit pas.
Il a pourtant des choses en lui.
Des choses sombres.
La mort.
Le deuil.
La douleur.
L’amour, ça va bien cinq minutes.

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La Peau de l’ours de Joy Sorman

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Dans le précédent roman de Joy Sorman, Comme une bête, il était question d’un garçon-boucher passionné par la sensualité cruelle de son métier, fasciné par la viande et le sang mais aussi par les animaux destinés à l’abattoir avec lesquels il entretenait une relation ambiguë, presque amoureuse. Au point de s’identifier à eux et de basculer dans une animalité oubliée. Comme une bête était un texte étonnant et détonant, loin d’être évident, mais dont se dégageait une force indéniable. Pour cette rentrée, Joy Sorman nous propose de faire le trajet inverse : après Pim, le boucher devenu bête, notre narrateur sera un ours un peu trop humain.

Un ours, ou plutôt plusieurs : né dans une atmosphère de légende médiévale de l’union contre-nature d’un ours et d’une femme enlevée et violée, notre narrateur sera tour à tour la propriété d’un montreur d’ours qui écume les foires de France, d’un amateur de combats d’animaux sauvages du Nouveau Monde, d’un cirque spécialisé dans les freaks et d’un zoo de la deuxième moitié du XXe siècle, tous parlant d’une seule voix. A travers ce narrateur multiple, c’est toute l’histoire de la relation entre l’homme et l’ours qui se dessine.

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Tristesse de la terre d’Eric Vuillard

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Tout le monde a déjà vu cette photo mettant en scène Sitting Bull et Buffalo Bill. Le cowboy, avec son stetson et son bandana caractéristiques, le torse bombé, semble dominer le chef sioux au regard bas et à l’air buté. L’image pourrait immortaliser une trêve entre deux combattants qui s’estiment, ou la signature d’un des nombreux traités privant les Indiens d’une partie de leurs terres. Il s’agit en réalité d’une simple photo promotionnelle pour le spectacle de Buffalo Bill, le Wild West Show, dans lequel Sitting Bull vient d’être engagé.

Car Buffalo Bill, bien que son nom soit un des plus célèbres du Far West, n’a jamais combattu le moindre Indien, si ce n’est dans une arène et avec des balles à blanc. Simple chasseur de bisons, il est entré dans l’Histoire grâce à une idée de génie : ce spectacle qui a été montré partout en Amérique et même en Europe, et qui a fondé notre vision collective de la Conquête de l’Ouest. La tenue typique du cow-boy, les Indiens constamment coiffés d’imposantes parures de plumes, les cris des Sioux (« Ils font claquer leur paume sur leur bouche, whou ! whou ! whou ! Et cela rend une sorte de cri sauvage, inhumain »), tout cela est inventé par Buffalo Bill et sera repris à l’envi par le cinéma, le roman et la BD.

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Au revoir là-haut de Pierre Lemaitre

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Le prochain qui fait un billet sur Au revoir là-haut, qu’il soit prévenu, je le dézingue dans les commentaires ; je n’en peux plus d’entendre parler de ce roman. Bientôt six mois que ça dure : et que je te parle du savoir-faire de l’auteur qui réussit brillamment à sortir de son polar habituel tout en conservant son efficacité, et que je loue la fabuleuse et révolutionnaire idée de parler non de la guerre de 14-18 mais de l’après-guerre et des gueules cassées (dites, la Chambre des officiers, ça vous rappelle rien ?), et que j’en rajoute une couche sur ce Goncourt 2014 qui extrait enfin ce prix de sa gangue d’élitisme poussiéreuse (alors que bon, les Goncourt 2011 et 2012 sont certes chiants à crever, mais élitistes, non, suffit), et que je termine en soulignant que là on tient, enfin, un vrai grand roman populaire.

Voilà, on va pas se cacher, tout le monde l’a compris depuis un moment : j’suis snob, comme disait Vian. Et je sais que je ne suis pas le seul. N’empêche que, puisqu’il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis et qu’on m’a prêté ce fameux roman de Lemaitre, j’ai fini par le lire. Armé de tous ces solides apriori. Prêt à noter toutes les incongruités, à en découdre, à le traîner dans la boue cet Au revoir là-haut. Et me voilà tout penaud : mes excuses à tous ceux qui, comme moi, n’en peuvent plus de lire des louanges à son sujet. Au revoir là-haut est un bon roman. Mais ne comptez pas sur moi pour parler de grand roman populaire.

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Histoire des Cathares de Michel Roquebert

Croisades-Albigeois

Michel Roquebert propose avec Histoires des Cathares la synthèse de trente ans de recherche sur le sujet, et sans doute le bouquin d’histoire le plus passionnant qui me soit tombé entre les mains.
Si l’histoire des cathares est avant tout celle de la croisade albigeoise et de l’Inquisition, au XIIIe siècle, elle couvre un pan d’Histoire immense, de la naissance des thèses théologiques qui sont à l’origine du catharisme au Xe siècle jusqu’aux derniers bûchers au XVe, et un espace tout aussi conséquent, de la côte méditerranéenne de l’Espagne à la Lombardie italienne. Sans compter que la lutte contre les cathares va impliquer l’Empire et même l’Angleterre car ses implications politiques sont tentaculaires – elle va avant tout permettre au royaume de France de s’étendre largement au sud, presque jusqu’aux Pyrénées, dans une zone qui était jusqu’alors sous la protection du roi d’Aragon.

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CosmoZ de Claro

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Nés avec le siècle de l’imagination de L. Frank Baum, les héros du Magicien d’Oz sont bien connus de tous. Dorothy, une jeune fille originaire du Kansas, rencontre ses trois compères dans un monde merveilleux dans lequel elle est propulsée par une tornade : l’épouvantail, l’homme en fer blanc et le lion. Chacun a une bonne raison d’accomplir la longue quête qui leur permettra d’obtenir l’intervention du fameux magicien d’Oz, retranché dans sa Cité d’Emeraude : Dorothy veut simplement rentrer chez elle ; l’épouvantail désire un cerveau, l’homme en fer blanc un coeur, et le lion être doté du courage qui lui manque. Fidèle à un schéma propre au conte (Baum reprenant nombre d’ingrédients piochés chez Grimm), les quatre compagnons de fortune doivent affronter une série d’épreuves, pour la plupart envoyées par la sorcière de l’Ouest qu’ils doivent tuer afin que le magicien exauce leurs voeux.

Surtout connu en France par le biais du film de 1939 avec Judy Garland (le roman, lui, ne sera publié chez Flammarion que quarante ans plus tard), le Magicien d’Oz de Baum souffre d’une image assez mièvre. J’avouerai d’ailleurs n’avoir jamais pu me résoudre à voir le film en entier, et n’avoir jamais même eu l’idée de me plonger dans l’oeuvre de L. Frank Baum. Claro se sert pourtant de cette matière première pour s’offrir une virée kaléïdoscopique et fascinante dans le chaos de la première partie du XXe siècle, où la féerie est volontiers remplacée par une violence propre à détruire les moindres illusions de cette pauvre Dorothy.

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