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L’incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pèlerinage d’Haruki Murakami

Keith haring

En refermant le troisième et dernier tome d’1Q84, je me suis dit qu’il me faudrait un moment avant de rouvrir un livre de Murakami. Alors que j’avais grandement apprécié la Course au mouton sauvage ou les Chroniques de l’oiseau à ressort, cette trilogie qui traînait en longueur, remplie d’incohérences et de pistes abandonnées en cours de route, m’a plutôt dégoûté des visions oniriques du plus célèbres des écrivains contemporains du Japon.

Puis, sachant que ce serait une toute autre affaire, je me suis laissé tenter par Underground, son excellent travail autour des attentats au gaz sarin dans le métro de Tokyo. Un peu réconcilié avec Murakami, j’ai fini par ouvrir avec réticence son dernier roman, L’incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pèlerinage, prêt à le lâcher au moindre signe de manque d’inspiration. Dès les premières pages, une phrase m’a donné espoir : de Tsukuru Tazaki, tenté à une période de sa vie par la mort, il est dit qu’il « ne faisait pas le moindre rêve ». Cette petite phrase toute simple laissait augurer un certain changement, peut-être même une nouvelle veine, loin des scènes de rêve en pilotage automatique d’1Q84.

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Underground de Haruki Murakami

metro tokyo

Le 20 mars 1995 reste dans la mémoire de tous les Japonais pour être le jour où le pays a connu le plus grave attentat depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale. Entre sept et huit heures du matin, 5 membres de la secte Aum répandent dans autant de rames du métro de Tokyo du gaz sarin, contenu à l’état liquide dans des petites poches qu’ils laissent tomber discrètement sur le sol avant de les percer avec la pointe de leurs parapluies. Ce gaz, dont la composition chimique est proche de certains pesticides, est environ 500 fois plus toxique que le cyanure. Fatal même à petites doses, il peut laisser de graves séquelles aux personnes qui y sont exposées : troubles de la vision, difficultés respiratoires, maux de tête, troubles neurologiques…

Ce matin-là, il y a un peu moins de monde que d’habitude dans le métro de Tokyo : le lendemain est le premier jour du Printemps, jour férié au Japon, et certains font le pont. L’attentat fait tout de même 5500 blessés et 12 morts.

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La Cravate de Milena Michiko Flašar

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Milena Michiko Flašar est une jeune auteure autrichienne d’origine japonaise, ce qui explique sans doute qu’elle ait choisi de placer l’histoire de la Cravate au Japon, même si elle aurait pu se dérouler n’importe où dans le monde. Une des particularités du japonais est cependant qu’il possède un mot pour désigner une catégorie de personnes un peu particulière, des jeunes gens qui se cloîtrent dans leur chambre d’enfance, refusant toute communication : hikikomori. Une affection psychologique pratiquement propre au Japon, et dont le narrateur sort tout juste, lui qui, à vingt ans, vient de passer deux ans dans sa chambre sans dire un mot. Lorsqu’il met le nez dehors, c’est pour passer ses journées, tout aussi muet, sur un banc, dans un parc. Sur le banc d’en face va s’asseoir le second protagoniste du roman, un salaryman récemment licencié.

Petit à petit, le dialogue va s’instaurer entre eux, leur permettant de renouer avec la parole, devenue presque étrangère au premier, et devenue outil du mensonge pour le second qui se sent incapable d’annoncer son licenciement à sa femme.

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Le Convoi de l’eau d’Akira Yoshimura

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Sur les bords de la rivière K, un hameau va être englouti par un lac artificiel nécessaire à l’alimentation d’une centrale hydroélectrique. Le village, de tous temps, est resté coupé du monde et n’a été découvert qu’une fois le projet de barrage lancé. Il abrite une poignée d’habitants qui vivent dans des maisons couvertes de mousse, en autarcie, et selon des traditions perdues depuis longtemps. Qui se souciera donc de ces quelques âmes forcées à l’exil ? Personne, excepté peut-être un des ouvriers envoyés sur place pour réaliser les premiers les premiers travaux : sondage du sous-sol, creusement de tunnels à la dynamite. Pourtant, au début du roman, l’incompréhension est de mise entre ces deux mondes. Les ouvriers, plutôt rustres, brutaux, ne comprennent pas l’hostilité des habitants du hameau, ces êtres quasi-fantômatiques qu’ils ne peuvent apercevoir que de loin, drapés dans d’amples vêtements blancs qui se confondent avec la brume qui envahit constamment cette vallée humide. Ils sont même tentés de rire lorsque le souffle de la dynamite fait s’effondrer le tapis de mousse qui recouvre les toits des maisons et que les villageois s’efforcent sans raison apparente de le replanter. A quoi cela rime-t-il, puisque le village va être détruit ?

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