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Le Fémur de Rimbaud de Franz Bartelt

Image - antiquaire

Majésu Monroe est antiquaire. Pas du genre brocanteur à la petite semaine, non, plutôt du genre à vendre des objets rarissimes, voire absolument uniques. Du tube digestif de Pantagruel au cure-dents de Landru en passant par des bocaux (étanches) contenant la vérole de Musset ou une chaussette trouée ayant appartenu à Arthur Rimbaud, Majésu a tout, pourvu qu’on veuille bien croire à son boniment.

Majésu rencontre un jour Noème, fille unique de deux aristocrates pleins aux as contre qui elle s’est révoltée à l’aube de son adolescence. Rejetant complètement le modèle parental, Noème veut être aussi pauvre que ses parents sont riches, et aussi communiste que ses parents sont capitalistes. Et comme, pour se faire mousser, Majésu lui raconte qu’il a déjà tué une crevure de patron, Noème n’en démordra pas : il faut tuer ses parents !

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Les Corrections de Jonathan Franzen

flaubert ratures

« Toutes les familles heureuses se ressemblent ; mais chaque famille malheureuse l’est à sa façon », écrivait Tolstoï. On pourrait aller plus loin et préciser que, dans une famille malheureuse, chaque membre l’est aussi à sa façon.

Prenons les Lambert, une famille originaire du Midwest. Les trois enfants, Gary, Chip et Denise, ont fui dès qu’ils l’ont pu Saint Jude, leur ennuyeuse petite ville natale. Gary, père de trois garçons, est en guerre ouverte avec sa femme, Caroline, qui cherche à la convaincre qu’il souffre de dépression. Chip s’est installé à New-York après avoir perdu son poste d’enseignant en université pour avoir couché avec une étudiante. Sans emploi, sans ressources, il peaufine éternellement un scénario inspiré de Shakespeare qui devrait lui assurer gloire et fortune. Denise, chef d’un grand restaurant à Philadelphie, se saoule de travail pour ne pas avoir à penser à sa vie sentimentale qui la pousse constamment vers des hommes mariés.

Pendant que chacun d’eux tente de mettre sa vie en ordre, leur mère, Enid, lutte au quotidien pour maintenir les apparences d’une famille fonctionnelle et heureuse. Tout en niant avec l’énergie du désespoir la maladie qui grignote petit à petit la lucidité de son mari, elle travaille ses enfants au corps pour qu’ils acceptent de passer un dernier Noël tous ensemble à Saint Jude. Après ce dernier petit bonheur, elle acceptera peut-être de mettre Alfred en maison médicalisée et de partir vivre à Philadelphie auprès de Gary et Denise.

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Karoo de Steve Tesich

reflektor AF

Relire est souvent un bonheur, mais c’est parfois un risque. Celui de découvrir que l’on s’est trompé, que l’on a changé, que notre appréciation de tel ou tel roman ne tenait qu’à l’humeur dans laquelle on était quand on l’a lu. Ce que l’on retient d’un roman tient toujours, forcément, du fantasme et de l’interprétation personnelle, mais devoir renoncer, après une relecture, à un roman que l’on a chéri, dont on pensait qu’il faisait partie de nous, est toujours un petit déchirement.

Au moment de relire Karoo, cependant, je n’avais aucune inquiétude. Il y a d’abord l’objet, un beau pavé à la couverture épaisse et au papier soyeux, soigneusement élaboré par les petites mains de chez Monsieur Toussaint Louverture, le genre d’éditeurs qu’on suivrait jusqu’au bout du monde tant chaque nouvelle publication ne fait que confirmer le bon goût et l’intelligence des choix de la maison. Et cette superbe citation, au dos du livre :

La vérité, me semble-t-il une fois encore, a perdu le pouvoir, du moins le pouvoir qu’elle avait, de décrire la condition humaine. Maintenant, ce sont les mensonges que nous racontons qui, seuls, peuvent révéler qui nous sommes.

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