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David Copperfield de Charles Dickens

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Comment s’attaquer à David Copperfield ? Comment dire quoi que ce soit de neuf, de pertinent, sur un classique comme celui-ci ? Comment éviter de se contenter de dire que oui, c’est génial, que cet énorme pavé de 1100 pages mérite bien son statut de classique incontournable de la littérature européenne ?

Prenons une voie de traverse : malgré ce statut d’écrivain incontournable, Dickens souffre chez nous d’une sale image. Dickens, c’est un écrivain qu’on utilise dans les petites classes du collège, avec des versions charcutées d’Oliver Twist ou de David Copperfield, dans lesquels on ne garde que des scènes caricaturales pour les faire ressembler à de petits romans d’aventure sans envergure. On a mis Dickens dans une case un peu bâtarde : il est pour nous un écrivain pour enfants (avec tout ce que cette étiquette comporte de mépris pour beaucoup) bien que tout le monde soit conscient qu’aucun gamin ne pourra ou voudra s’enfiler l’intégralité de ses romans (1100 pages, j’ai dit, et pas si abordables que ça). Et par conséquent, les adultes n’en ont pas bien envie non plus.

J’ai participé à ça aussi, du temps où j’étais prof. Je faisais lire à mes 5e un extrait d’Oliver Twist, le passage où celui-ci rencontre le terrifiant Fagin. Vraiment le cliché du petit orphelin couvert de suie face à un méchant plein de pustules et aux doigts crochus qui lui veut tout le mal du monde. Hors contexte, c’en est ridicule. Ma très grande faute : j’ai peut-être créé encore des dizaines de sceptiques de Dickens.

J’avais tout cela bien en tête en lisant David Copperfield suite à une discussion sur Twitter avec Cachou, qui était loin d’être la première à me faire part de ce genre de réserves sur Dickens, et ne sera sûrement pas la dernière. Je me permets donc de mettre ma casquette de chevalier blanc partant à la rescousse de ce bon vieux Charles que j’aime tant.

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Vernon Subutex 1 de Virginie Despentes

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Plus de vingt ans après la publication de son premier roman, Baise-moi, Virginie Despentes, qui fait pourtant l’objet d’une reconnaissance critique de plus en plus unanime, reste entourée d’une aura de soufre, et conserve sa réputation d’écrivaine trash et provocatrice. Les clichés ont la vie dure et je les avais bien évidemment en tête en ouvrant Vernon Subutex, mon tout premier Despentes.

Force est de reconnaître qu’il ne s’agit pas d’un roman sage et facile, et que les problématiques abordées n’ont rien de convenu : des violences conjugales à la surconsommation de drogue en passant par le suicide ou l’extrémisme politique, la galerie de personnages qui défile dans Vernon Subutex entraîne le lecteur dans des mondes ténébreux, souvent glauques et repoussants.

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Dandy de Richard Krawiec

Toute ma vie, j’ai essayé de marcher droit, et mes pieds sont partis de travers.

Un soir de misère comme les autres, les pieds d’Artie le conduisent dans un bar où il a ses habitudes. Il sait que s’il y boit sa bière lentement, on ne le forcera pas à reprendre une consommation ni à quitter les lieux. Pour quelques cents, il peut ainsi retarder de deux ou trois heures le moment où il devra retourner dans le taudis qui lui sert de foyer. Et puis, ce soir-là, il y a un de ses spectacles préférés au programme : du catch féminin dans une piscine de Jell-o. La tenante du titre, Sin City Strapper, connue pour arracher les vêtements de ses adversaires, doit se mesurer à une nouvelle, Massacre Mama. Celle-ci, manifestement mal à l’aise, est battue à plate couture et repart la tête basse et la lèvre tremblante, humiliée.

C’est ainsi qu’Artie, qui lui court après, rencontre Jolene, tout aussi paumée que lui, séparée de son premier mari et dont l’unique trésor est son bébé, Dandy. A partir de cette soirée, ils resteront unis par l’énergie du désespoir, parfaitement conscients d’être mal assortis mais préférant aller nulle part à deux plutôt que tous seuls.

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