15

10 romans pour 2013

platypus d'or

Le foie gras de Noël digéré et le champagne du jour de l’an éclusé, il est temps pour moi de suivre la plupart de mes camarades blogueurs en vous souhaitant, pour commencer, une excellente année 2014 et en vous proposant ensuite un petit retour sur l’année qui vient de s’écouler. Une année riche en littérature pour moi avec 166 livres au compteur et surtout l’ouverture de ce blog à la fin de l’année. J’ai également lu beaucoup plus de nouveautés qu’à mon habitude et j’ai découvert un grand nombre d’auteurs – grâce, en partie, à ma nouvelle manie de traîner sur un tas de blogs. Voici donc mon palmarès des livres sortis en France en 2013.

Lire la suite

Bérénice 34-44 d’Isabelle Stibbe

Comedie-francaise

Le plus difficile quand on est face aux tables du libraire, c’est de faire le tri dans les premiers romans. Largué, sans repères, on en est réduit à tester les auteurs bombardés « jeunes prodiges » par les médias spécialisés, et le résultat n’est pas souvent à la hauteur… Heureusement on peut compter sur certains blogueurs pour dénicher les perles rares, comme ce Bérénice dont je n’avais jamais entendu parler avant de lire l’article de Cunéipage , elle-même inspirée par Gilbert Collard (qui est donc de bon conseil parfois, ah bon).

Bérénice, c’est évidemment la tragédie de Racine. Quelques vers récités par un camarade soldat pendant la guerre de 14-18 donnent au père de la Bérénice du roman l’idée de donner ce prénom à sa fille. Lui, émigré russe qui a fui les pogroms, voit dans ce nom tout un symbole : l’alliance entre le plus français des tragédiens et une princesse palestinienne. Portée par ce prénom prédestiné, Bérénice rêve dès sa tendre enfance de devenir comédienne ; à force de volonté, elle décroche le concours d’entrée du Conservatoire où elle assiste aux cours de Jouvet, et finit par entrer à la Comédie Française. Quelques années plus tard, cependant, l’occupation et la Shoah vont bouleverser son univers.

Lire la suite

6

Monde sans oiseaux de Karin Serres

4009320466_9bcac068fc

Petite Boîte d’Os est venue au monde dans un petit village nordique, au bord d’un grand lac qui pourvoit à tous les besoins de la communauté mais peut se révéler meurtrier lorsque ses eaux montent. Elle grandit entre son père pasteur, sa mère attentionnée et son frère taquin jusqu’à la brutalité, trouve l’amour en la personne d’un ancien villageois revenu d’un voyage de plusieurs années, lui donne un petit garçon… Monde sans oiseaux est son histoire, de sa naissance à la fin de sa vie, et celle de son univers, proche du nôtre mais nimbé d’onirisme.

Lire la suite

10

Les Erections américaines d’Amanda Sthers

Police_at_Sandy_Hook

Le 14 décembre 2012, Adam Lanza, 20 ans, tue sa mère par balle puis se rend à l’école élémentaire de Sandy Hook où il ouvre le feu. En dix minutes , il abat 26 personnes puis se suicide.

Lorsqu’Amanda Sthers découvre ce fait divers à la télé, elle ne peut s’empêcher de penser qu’un de ses enfants a l’âge de ceux qui ont été tués par Lanza. Elle devient obsédée par cette histoire, qui lui semble être un symbole des dysfonctionnements de la société américaine. Après avoir fait quelques recherches, elle décide de partir enquêter sur place et réserve un vol pour New-York.

Je ne vais pas y aller par quatre chemins car j’ai perdu suffisamment de temps à la lecture, inutile d’en gaspiller plus en écrivant un long article : comme son titre digne des Grosses Têtes le laisse supposer, les Erections américaines est un des pires bouquins de la rentrée.  Par où commencer ?

Lire la suite

8

Les faibles et les forts de Judith Perrignon

LIFE_race riot

Ca commence comme un roman social d’une banalité à mourir. Nous sommes en Louisiane en 2010, et les membres d’une famille afro-américaine prennent la parole les uns après les autres. Il y a Mary Lee, la grand-mère qui a connu la ségrégation et a fui le climat délétère du Sud des Etats-Unis pour s’installer à Detroit mais est revenue lorsque sa fille, Dana, s’y est installée. Il y a les cinq enfants de cette dernière, nés de trois pères différents ; Carlos, le plus âgé, qui a sombré dans l’alcool après être revenu d’Afghanistan, Marcus, qui commence à trafiquer à droite à gauche et à attirer l’attention de la police, Déborah, qui vient de faire l’amour pour la première fois et se sait enceinte, Jonah qui aimerait juste que ses grands frères lui parlent un peu plus, et Vickie qui n’est encore qu’un bébé.

Trafics, alcoolisme, descentes de police, misère du quotidien… Judith Perrignon esquisse le portrait de la part la plus obscure de l’Amérique de manière assez caricaturale, et la polyphonie ne parvient pas à donner du souffle à cette première partie, d’autant plus qu’à part lors de quelques passages plus lyriques dans la bouche de Mary Lee, elle peine à adapter son style à la voix de chaque personnage. Ajoutez à cela le saupoudrage d’expressions en anglais qui semble être la marque obligatoire du roman français qui parle des USA (ici, on nous donne du « Oh, boy » à tout bout de champ), et vous avez un début de roman bien pénible. Bien m’en a pris de ne pas décrocher malgré tout, car la suite du roman sort des sentiers battus et relève le niveau.

Lire la suite

0

La réforme de l’opéra de Pékin de Maël Renouard

352015-opera-de-pekin-iv-par-cartus-beton-1

« C’est sur une page blanche qu’on écrit les plus beaux poèmes ».

Lorsque le narrateur de la Réforme de l’Opéra de Pékin se voir chargé de créer une nouvelle forme d’opéra, plus adaptée aux idéaux révolutionnaires, il se répète comme un mantra cette citation de Mao. Il faut dire que, dès le départ, il n’est pas tout à fait à l’aise bien qu’il voie dans cette opportunité une bonne occasion d’exercer ses talents d’écrivain, lui qui n’est qu’un auteurde seconde zone, seulement connu de ses élèves de l’université. Devenir librettiste est à la fois une chance et une source d’angoisse, chaque mot écrit ou prononcé pouvant être interprété de manière à provoquer la chute de son auteur dans la Chine de Mao. Et quand, comme le narrateur, vous venez d’une famille pas franchement révolutionnaire, il y a de quoi craindre que des personnes mal intentionnées déforment vos propos.

Lire la suite

4

Palladium de Boris Razon

Sirenes_Ulysse_Vase-

En 2005, Boris Razon a 29 ans et à peu près tout pour être heureux : une compagne aimante, un boulot dont rêveraient beaucoup, un peu de temps à côté pour envisager de se mettre à écrire, peut-être même un premier enfant en route. Mais depuis quelques temps, il se sent faible, a mal partout, n’arrive plus à dormir. Comme il est un peu hypocondriaque,  il se dit qu’il est encore en train d’imaginer des choses. Il encaisse, se bourre d’antalgiques et de somnifères, interroge sa soeur médecin tout de même, se rassure comme il peut. Jusqu’à une brusque dégradation qui le conduit à une hospitalisation d’urgence. Les spécialistes s’interrogent, il pourrait s’agir de ciguatera, une intoxication dûe à l’ingestion de poissons crus, ou de la maladie de Lyme. Il est en fait atteint d’une forme du syndrome de Guillain-Barré, qui va le paralyser totalement pendant quelques semaines et lui laisser un certain nombre de séquelles.

La maladie de Boris Razon évoque d’autres témoignages et avant tout le Scaphandre et le Papillon : comme Jean-Dominique Bauby, Razon est enfermé à l’intérieur de son corps. Une expérience terrifiante dont il tire un roman cependant bien différent. Car le témoignage en tant que tel n’est que le prologue de Palladium : dans la première partie, intitulée la Métamorphose, Boris Razon décrit les premiers symptômes de sa maladie jusqu’à l’entrée à l’hôpital. La suite est bien plus atypique puisque le black-out provoqué par le syndrome a conduit l’esprit de l’auteur a fonctionner en vase clos : privé de stimuli extérieurs, il semble s’être fait ses propres films. L’essentiel du roman est le récit de ceux-ci : un long rêve bourré de visions morbides ou sexuelles, une épopée dans des contrées insoupçonnées.

Lire la suite