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15 livres pour 2015

platypus d'or

Pour la troisième fois depuis l’ouverture de ce blog, c’est le moment de faire le bilan et de distribuer bons et mauvais points pour l’année qui vient de s’écouler (ce qui est toujours un moment de plaisir intense, c’est mon côté instituteur vieille France : j’adore distribuer les bons points).

Une année d’une grande richesse du côté de la littérature, avec notamment une belle rentrée de janvier et, en fin de compte, une rentrée de septembre de plutôt bonne tenue même si, encore plus que d’habitude, médias et prix ont surtout vu triompher la médiocrité (coucou les Académiciens). A titre plus personnel, ce fut un grand cru pour la lecture puisque j’ai retrouvé mon rythme de 2013 avec 165 livres lus – record à battre en 2016 – et environ 110 chroniqués ici (je ne désespère pas de rattraper mon retard et de chroniquer les 50 manquants), auxquels s’ajoutent une dizaine de chroniques sur Balises, le webmagazine de la Bpi, où j’interviens maintenant tous les mercredis (notez ça quelque part dans vos tablettes ou suivez-moi sur Facebook pour ne pas rater ces articles). Je suis aussi presque venu à bout du 2015 Reading Challenge.

Il n’a donc pas été difficile de trouver 15 romans sortis en 2015 à mettre en avant pour ce classement de fin d’année – au contraire, le choix a été cornélien et plusieurs ont échoué aux portes du top…

(Cliquez sur les couvertures pour accéder au billet consacré à chacun de ces romans)


 

TOP 3 Vernon Subutex2015 aura été l’année de Vernon Subutex, ce disquaire ruiné, condamné à vivre dans la rue avant d’être sauvé par une poignée d’amis réunis autour de lui comme dans une abbaye de Thélème d’un genre nouveau. Avec sa construction qui n’est pas sans rappeler certains grands feuilletons du XIXe – avec un peu plus de sexe, de drogues et de rock’n’roll -, Vernon Subutex fait partie des projets les plus excitants de l’année, et la parution du tome 3 est sans doute un des évènements les plus attendus de l’année littéraire à venir.


Entre les deux il n'y a rienEntre les deux il n’y a rien fait partie des expériences de lecture si puissantes qu’il est difficile d’en parler ensuite. En faire un résumé semble à chaque fois une trahison. Disons cette fois qu’il y est question des années de plomb et des années SIDA, et entre les deux de l’éveil au monde d’une conscience politique, celle d’un des auteurs les plus précieux du paysage littéraire français actuel.


TOP 1 L'infinie comédieComment pouvait-il en être autrement ? Après presque vingt ans d’attente, le chef d’oeuvre de David Foster Wallace nous parvient, héroïquement traduit par Francis Kerline et Charles Recoursé, nous permettant enfin de réaliser à quel point il mérite son statut de livre culte parmi les livres cultes. Brillant, foisonnant, résumant à lui seul une bonne partie de la littérature américaine de ces cinquante dernières années, c’est le genre de livre qu’il faudrait absolument emporter sur une île déserte.


De votre côté, vous avez plébiscité plus particulièrement les billets consacrés à trois livres :  Phénix de Raymond Penblanc – une bonne nouvelle car ce très joli roman aurait mérité plus d’écho dans les médias -, Soumission de Michel Houellebecq – sans surprise – et Lisières du corps de Mathieu Riboulet – ce qui prouve encore votre très bon goût.

Merci donc à vous tous qui êtes passés par ici et vous êtes manifestés tout au long de cette année, que nous ayons été d’accord ou non ! Il ne me reste qu’à vous souhaiter une excellente année, tant sur le plan des découvertes littéraires que d’un point de vue plus personnel, et à vous dire à très bientôt pour les premières lectures de 2016 !

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Les Prépondérants d’Hédi Kaddour

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Tunisie, années 20. La petite ville imaginaire de Nabhès, où vivent en assez bonne intelligence colons et natifs, est sur le point d’être bouleversée par la venue d’une équipe de tournage américaine venue chercher un peu d’exotisme à mettre en boîte. Avec le réalisateur, les acteurs et les techniciens qui arrivent en masse, c’est un grand vent de modernité qui va souffler sur Nabhès, ravivant au passage quelques tensions et permettant au jeune Raouf, fils de commerçant, d’accomplir son destin.

Voilà un roman dont j’aurais peut-être bien oublié de parler s’il n’avait pas finalement obtenu le Grand Prix du Roman de l’Acédémie Française de cette année, ex aequo avec 2084 de Boualem Sansal. Lu en septembre, aussitôt remisé dans un coin, il a bien failli passer aux oubliettes. Tout commençait pourtant très bien, et j’étais plutôt emballé, au bout de cent pages, par ce qui s’annonçait comme le récit hautement romanesque de la rencontre entre deux mondes que tout oppose, avec en prime une bonne dose de romance – Raouf, l’homme simple, face à Kathryn, l’étincelante icône hollywoodienne, rien que ça.

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Booming de Mika Biermann

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Pourquoi voudrait-on se rendre à Booming ? Tout le monde a mis Lee Lighttouch et Pato Conchi en garde : il n’y a rien là-bas. Ce pourrait être une ville-champignon comme il y en a un peu partout dans l’Ouest américain, mais sa réputation est telle que personne ne s’y rend jamais. Ce n’est pourtant pas qu’elle soit réputée particulièrement dangereuse, ou mal famée, mais enfin…

Lighttouch et Conchi ont cependant une bonne raison de s’y rendre : trouver Kid Padoon, détestable malfrat responsable du ravissement d’une demoiselle manifestement en détresse. Encore que ce motif ne soit qu’un prétexte trouvé par Mika Biermann pour s’amuser un peu sur le grand terrain de jeu qu’est le western, avec tous ses codes et ses clichés.

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Charøgnards de Stéphane Vanderhaeghe

les oiseaux

Sont-ils plus nombreux réellement ou soudain plus visibles ? Est-ce notre attention qu’ils réclament, ces figurants de notre existence au devant de laquelle ils se sont lentement charogné un passage ?

Ou en veulent-ils à notre peau ?

N’était leur nombre croissant à vue d’oeil, ils paraissent pour l’instant bien inoffensifs. Ce que je me disais hier en rentrant chez moi sous leur haie d’horreur, ce que je disais hier à C. aussi en tentant de la tranquilliser après avoir pris le pouls du village de plus en plus vide, de plus en plus vite. Ce que je me suis bien gardé de lui dire hier une fois rentré.

Petit à petit, les charognards ont tout envahi. Des corbeaux, des freux, des corneilles, des choucas, ou même des pies ou des geais – le narrateur ne saurait le dire, lui qui consigne le récit de leur inévitable invasion dans son journal. Au départ, ils semblaient inoffensifs ; tout juste semblaient-ils chaque jour, pour l’observateur averti, un peu plus nombreux que la veille. Mais au fil des jours, il devient impossible d’ignorer ce manteau noir qui se met à recouvrir le monde.

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L’Oragé de Douna Loup

Il est à craindre que le nom de Jean-Joseph Rabearivelo ne vous dise pas grand chose – rassurez-vous, ça ne fait pas non plus très longtemps que je l’ai découvert. Il s’agit pourtant d’une des figures les plus importantes de la littérature malgache, et notamment le premier écrivain de l’île à écrire en français, que l’auteure franco-suisse Douna Loup nous propose de découvrir dans son troisième roman.

Lorsque Jean-Joseph Rabearivelo naît, en 1903, Madagascar est depuis six ans sous administration française. La colonisation, qui s’est faite dans le sang et a été suivie de dix ans de guerre civile, est encore dans toutes les mémoires et les mouvements contestataires, qui ne cesseront jamais d’élever leur voix jusqu’à l’indépendance en 1958, restent très présents. Dans ce climat, la parole des intellectuels ne peut que compter.

Jean-Joseph Rabearivelo n’avait pourtant rien pour en devenir un : issu d’une famille pauvre, déscolarisé à treize ans, c’est seulement sa soif dévorante de lecture qui lui permit de devenir le poète qu’il fut. Douna Loup, dans l’Oragé, choisit de se concentrer sur une courte période de la (courte) vie de Rabearivelo : la fin de sa période de formation, lorsque le poète décide d’abandonner la langue malgache pour écrire en français.

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Profession du père de Sorj Chalandon

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L’enfance d’Emile Choulans n’a rien d’un long fleuve tranquille. Entre un père violent, mythomane et paranoïaque et une mère soumise et résignée aux accès de folie de son mari, les moments de répit sont rares. Emile peut se réveiller un jour pour découvrir que Tom, son prétendu parrain américain, lui a adressé une lettre l’engageant à défendre sa patrie, ou bien se retrouver embobiné dans des embrouilles visant à menacer de mort un défenseur de l’Algérie libre. Même pour un gamin de douze ans, les évènements se succèdent à une vitesse difficile à avaler ; mais jouer les complices est le meilleur moyen de rester proche d’un père insaisissable, et d’éviter ses coups.

Alors Emile fait ce qu’on lui demande, dépose des lettres anonymes dans des boîtes aux lettres inconnues, tague OAS sur tous les murs de la ville, se prend même tellement au jeu qu’il embarque avec lui Luca, un jeune pied-noir qui n’a rien demandé. Au risque de se retrouver pris au piège dans des affaires de grandes personnes.

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D’après une histoire vraie de Delphine de Vigan

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Delphine de Vigan a eu fort à faire en 2011. Non seulement le roman qu’elle a consacré à sa mère s’est vendu à 800.000 exemplaires, mais elle a de plus reçu le prix Fnac du roman, le prix Renaudot des lycéens et le prix des lectrices Elle. A la clé, une tournée promotionnelle interminable et un nombre incalculable d’interviews, dédicaces et rencontres avec des lecteurs. De quoi lessiver n’importe qui.

Une fois le tourbillon un peu calmé, reste à se poser une question, celle que lui posaient presque tout les lecteurs : « que peut-on écrire après ça ? » C’est là qu’entre en scène L., une jeune femme rencontrée à une soirée chez des amis, dont l’admiration pour l’auteure est d’abord suffisamment flatteuse pour cimenter une amitié naissante, avant de devenir légèrement menaçante…

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