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Courir après les ombres de Sigolène Vinson

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Paul Deville incarne malgré lui la facette la plus vile de la mondialisation : français, il travaille pour le compte d’une multinationale chinoise à dépouiller des pays africains de leurs richesses.

Comme pour se racheter, il profite de ses voyages d’affaires – de Djibouti à Aden, de Rangoon à l’Ethiopie – pour retrouver les traces d’immenses écrivains. Kessel et Gary y sont déjà passés ; désormais, Paul est sur la piste de Rimbaud, convaincu que celui-ci n’a pas pu cesser d’écrire en quittant la France pour l’Afrique.

Courir après les ombres est l’histoire de cette quête forcément impossible, qui tient de la quête du Graal ou de la pierre philosophale, où le voyage est plus important ou en tout cas plus transformateur que la destination. Le roman est traversé, de toutes part, par des personnages en exil, qui se définissent parfois comme apatrides. Travailleurs expatriés, équipages de porte-containers, réfugiés… Tous ont fait une croix sur la possibilité d’avoir un lieu à considérer comme leur patrie et leur maison ; à la place, ils rêvent d’absolu.

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Verlaine de Jean-Baptiste Baronian

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Après avoir lu les BD  Verlaine de Jagodzinski et Casanave et Rimbaud de Xavier Coste, je continue cette semaine ma découverte de la vie de ces deux poètes avec un ouvrage plus « sérieux » puisqu’il s’agit d’une biographie du premier. Une histoire d’une grande richesse, faite d’une errance perpétuelle entre Paris, les Ardennes, l’Angleterre et la Belgique  et de chutes innombrables – l’aventure avec Rimbaud, si elle est la plus connue, est loin d’être la seule période de trouble pour Verlaine.

Jean-Baptiste Baronian en dresse un portrait presque à charge. Verlaine est en effet un alcoolique notoire, qui sous l’effet de l’absinthe tombe sous le coup de crises de rage d’une violence inimaginable. Rimbaud, bien sûr, en a fait les frais, mais aussi sa femme Mathilde, qu’il tente d’étrangler, et sa mère qui tente régulièrement de le ramener à la raison. Même sobre, Verlaine traite ses proches avec beaucoup de négligence, ne se rappelant à leur bon souvenir qu’en cas de besoin, et ne noue de relations solides qu’avec peu de ses contemporains. Même ses amitiés littéraires restent superficielles, bien qu’il fréquente constamment des cercles où figurent pléthore de personnages plus ou moins importants, de Mallarmé à Villiers de l’Isle-Adam. Tous, par leur persévérance, parviennent petit à petit à se faire un nom ; Verlaine, trop instable et indigne de confiance, devra pour cela attendre ses toutes dernières années, et n’en profitera qu’entre ses séjours à l’hôpital, sujet à de nombreuses maladies aggravées par l’alcool.

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BD : Verlaine, une saison en enfer de Bernard Jagodzinski et Daniel Casanave

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La semaine dernière, en cherchant les illustrations de mon billet sur Rimbaud l’indésirable de Xavier Coste, je suis tombé sur des vignettes d’une autre BD dont j’ignorais l’existence, sur Verlaine cette fois. Comme ma bibliothèque l’avait, je me suis jeté dessus, alléché par la couverture dont le style est à l’opposé du travail de Coste.

L’album de Casanave et Jagodzinski commence quelques années après que Rimbaud ait définitivement disparu de la vie de Verlaine, lorsque celui-ci a quitté Paris pour s’installer à Juniville, un patelin des Ardennes où on trouve aujourd’hui un musée à sa mémoire. Il y mène une existence simple, en compagnie de Lucien Létinois, un de ses anciens élèves avec qui il a une liaison. Sa vie est redevenue, à peu de choses près, paisible après le départ de Rimbaud. Il participe aux travaux des champs, finit sa journée en buvant un coup à l’auberge du village, comme tout le monde ; il a même trouvé, à peu de choses près, la sérénité dans la foi depuis son séjour en prison. Cette période de la vie de Verlaine, que j’ignorais complètement, n’est sans doute pas à première vue la plus palpitante mais j’ai justement trouvé très intelligent de nous entraîner dans cet instant de calme entre deux tempêtes : Rimbaud d’un côté, la tentative de renouer avec la bohème parisienne de l’autre.

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BD : Rimbaud l’indésirable de Xavier Coste

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On connaît tous par bribes la vie hors du commun de Rimbaud : l’enfance étriquée à Charleville, la fuite à Paris pour rencontrer Verlaine avec qui il part à Londres et en Belgique, la mort frôlée de près lorsque son amant lui tire deux balles de revolver dans l’épaule, l’abandon de la poésie à vingt-et-un ans et le départ pour l’Orient puis l’Afrique où il mène une vie d’aventurier. La mort, enfin, à trente-sept ans, des suites de l’amputation d’une jambe gangrénée.

Conscient tout de même de mes lacunes en la matière, j’étais enthousiaste à l’idée d’apprendre deux ou trois choses en plus sur la vie de Rimbaud sans pour autant me plonger dans une des biographies-sommes de Claude Jeancolas ou Jean-Jacques Lefrère (paresse, j’écris ton nom…). L’album de Xavier Coste représente bien un petit condensé biographique, du premier voyage à Paris à la mort de Rimbaud, qui satisfera ceux qui ne connaissent le poète que de loin.

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