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Phénix de Raymond Penblanc

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« C’est l’histoire d’un garçon qui voudrait s’arracher à la gravitation universelle », annonce la quatrième de couverture. C’est l’histoire d’un garçon, presque encore un enfant, déjà au bord de l’adolescence, qui s’invente un univers de pureté et d’innocence dans un monde qui voudrait définitivement le souiller. L’histoire d’un gamin qui voudrait toujours continuer à être enfant de choeur, à faire s’élever sa voix d’ange vers le ciel ; un gamin qui préfèrerait ne rien savoir des choses du sexe que son grand frère Roland voudrait lui mettre directement sous le nez, un gamin qui s’est fabriqué un sanctuaire autour d’un arbre creux dans la forêt qui borde le village. C’est évidemment une histoire qui ne peut que se terminer par un échec, par l’entrée dans le monde des hommes, plein de saleté et de tentations.

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Lisières du corps de Mathieu Riboulet

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Il y a déjà trois ans que Mathieu Riboulet a décroché le prix Décembre pour les Oeuvres de miséricorde – un texte magnifique qui m’a permis de découvrir cet auteur et que je vous recommande chaudement. Trois ans d’absence que l’auteur vient combler avec, d’un coup d’un seul, deux textes publiés en cette rentrée : Lisières du corps et Entre les deux il n’y a rien. Les Oeuvres de miséricorde entremêlait le corps physique et le corps politique, et on retrouve ces thèmes dans ces deux nouvelles publications, mais chacun de leur côté. Commençons donc par la part physique, avec Lisières du corps.

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La Fleur du Capital de Jean-Noël Orengo

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Pattaya, lumière de ma vie – light of my (fucking) life -, feu de mes reins. Mon péché, mon âme. Pat-Ta-Ya : le bout de la langue fait trois petits pas le long du palais pour taper, à trois, contre les dents. Pat-Ta-Ya.

Pattaya, ce n’est pas une jeune fille comme Lolita dont s’inspire cet extrait ; ce sont des milliers de jeunes filles, qui s’offrent aux touristes européens de passage. Pattaya, c’est une ville presque entièrement factice, un parc d’attractions du sexe, un Enfer pour certains et un Paradis pour les quatre personnages que Jean-Noël Orengo nous propose de suivre : Marly, Kurtz, Harun et Scribe.

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Annabel de Kathleen Winter

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Dans un village perdu dans la nature rude et sauvage de Terre-Neuve, naît à la fin des années 60 , un bébé au sexe imparfaitement formé, indéterminé. Sa mère tente de cacher un temps sa particularité physique au père, un homme plutôt rustre et brutal. Mais bien vite, une décision doit être prise : le bébé sera opéré, et son sexe choisi par ses parents. Ce sera un garçon, Wayne. Pourtant, la mère regrette d’avoir, par ce geste chirurgical, perdu la petite fille qu’elle imaginait. Wayne, tiraillé entre deux identités, va passer toute sa jeunesse à payer les pots cassés de cette décision prise trop vite.

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La Princesse de. d’Emmanuelle Bayamack-Tam

Tacones lejanos

Tous les fils ne sont pas fait pour devenir des hommes.

Cette phrase magnifique, qui apparaît seule sur la quatrième de couverture de La Princesse de. d’Emmanuelle Bayamack-Tam, pourrait se suffire à elle-même. Je vous laisserais bien avec elle, vous laisser la rouler sous votre langue, cette phrase qui porte en elle tout le roman, qui en dira mille fois plus peut-être que moi. Moi qui ne pourrai que vous dire que la Princesse de. est l’histoire de Daniel, un jeune transsexuel de 25 ans qui, tous les soirs, se produit à l’Arcadia, une boîte un peu miteuse, sous le pseudo de Marie-Line, s’offre dès qu’il le peut à des inconnus de passage, et rentre ensuite chez ses parents qui ignorent tout de cette partie de sa vie.

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Dancing with myself d’Ismaël Jude

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Du début de l’adolescence à l’âge adulte, Dancing with myself, premier roman d’Ismaël Jude, raconte les premiers émois et la découverte du désir et du plaisir de son jeune narrateur. Fils des propriétaires d’une discothèque du fin fond de la campagne normande, il vit ses premiers troubles au contact des couples qui s’unissent dans les recoins de la salle et des strip-teaseuses qui viennent occasionnellement animer les soirées. Un peu plus tard, il prendra du plaisir à observer en secret une cousine, Mina, puis découvrira pour de bon les plaisirs de la chair à Paris, où la vie nocturne lui offre mille possibilités.

Fétichiste, voyeur, exhibitionniste, onaniste… Au fil de son initiation érotique, le narrateur adopte tour à tour tous les penchants. « Pour me séparer de certains de mes vices, dit-il, j’en adopte de nouveaux, plus élaborés. C’est la seule méthode dont on dispose. » Tous ces moyens de parvenir au plaisir n’ont in fine qu’un seul objectif : percer le mystère du sexe féminin, cette « chatte » ou cette « moule » qui n’a pourtant rien d’un animal, qui représente un secret qui échappe pendant longtemps à l’adolescent et dont la résolution ne satisfait pas tout à fait l’adulte.

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Ici commence la nuit d’Alain Guiraudie

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A la fin du printemps 2013, en plein déferlement anti-mariage pour tous, Alain Guiraudie jetait un pavé dans le lac avec un très beau film qui parlait d’homosexualité mais sortait largement de la case « cinéma gay » dans laquelle on veut trop souvent cantonner ce genre de films. L’Inconnu du lac parlait d’amour, de désir et de solitude avec une liberté grisante. Une belle éclaircie que n’avaient pas réussi à assombrir les quelques esprits chagrins qui avaient fait censurer l’affiche du film à Versailles et Saint-Cloud.

C’est bien plus discrètement qu’Alain Guiraudie publie en cette rentrée littéraire son premier roman, Ici commence la nuit, sorte de pendant littéraire de l’Inconnu du lac. Plus libre encore qu’au cinéma, Guiraudie reprend les éléments de son film, les mélange, les réassemble et en profite pour les saupoudrer de quelques scènes un peu plus scabreuses, à peu près impossibles à montrer à l’écran – une des premières scènes, largement scatologique, pourra faire fuir plus d’un lecteur, et pas seulement à Versailles. Il serait cependant bien dommage de s’arrêter pour si peu.

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Les Erections américaines d’Amanda Sthers

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Le 14 décembre 2012, Adam Lanza, 20 ans, tue sa mère par balle puis se rend à l’école élémentaire de Sandy Hook où il ouvre le feu. En dix minutes , il abat 26 personnes puis se suicide.

Lorsqu’Amanda Sthers découvre ce fait divers à la télé, elle ne peut s’empêcher de penser qu’un de ses enfants a l’âge de ceux qui ont été tués par Lanza. Elle devient obsédée par cette histoire, qui lui semble être un symbole des dysfonctionnements de la société américaine. Après avoir fait quelques recherches, elle décide de partir enquêter sur place et réserve un vol pour New-York.

Je ne vais pas y aller par quatre chemins car j’ai perdu suffisamment de temps à la lecture, inutile d’en gaspiller plus en écrivant un long article : comme son titre digne des Grosses Têtes le laisse supposer, les Erections américaines est un des pires bouquins de la rentrée.  Par où commencer ?

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Chair électrique de Claro

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1890 : sous la conduite d’Edison, qui cherche à prouver que le courant alternatif de son rival Tesla est mortellement dangereux, la chaise électrique est inventée et testée, sur des animaux, sur les collaborateurs d’Edison eux-mêmes, qui en tirent une certaine excitation, puis sur un premier condamné à mort, William Kemmler. Elle est censée donner une mort moins indigne que la pendaison.

1910 : Harry Houdini, le célèbre illusionniste, rachète la toute première chaise électrique, celle-là même qui a permis de tuer Kemmler. Il projette d’en faire un numéro : après s’être échappé de caisses d’acier, de chaînes entremêlées ou de boîtes en verre, il se dégagera des liens de la chaise avant d’être électrocuté.

1996 : Harry Hordinary, bourreau, se retrouve au chômage technique. La peine de mort par électrocution vient d’être remplacée, dans son Etat, par l’injection létale. Il a récupéré la machine, qu’il garde dans son sous-sol, et se voit tenté de s’infliger à son tour des décharges, de plus en plus fortes, découvrant que celles-ci lui procurent un plaisir sexuel qu’il ne trouve plus avec sa femme.

Chair électrique retrace donc  une histoire de la chaise électrique, terrible instrument de mort, de son invention à son obsolescence ; mais Claro n’est pas du genre à verser dans le roman historique, malgré la documentation qu’on imagine abondante. Il semble plutôt intéressé par ce que représente la chaise électrique, dans l’imaginaire collectif et dans celui de ses personnages.

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