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Sukkwan Island de David Vann

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Vous avez passé une journée pourrie, vous êtes resté coincé deux heures dans les bouchons ou le métro bondé, vos collègues ont brillamment prouvé, encore une fois, qu’ils sont des abrutis, votre chef a encore fait des blagues sexistes/racistes/homophobes contre lesquelles personne n’ose rien dire parce que c’est le chef, votre conjoint(e) a encore laissé une bouteille de lait vide dans le frigo (ne sous-estimons pas l’importance de la bouteille de lait vide), même votre chat a l’air de faire la gueule et en plus il pleut. Vous vous affalez enfin dans votre canapé, voire directement dans votre lit et vous vous dites : « Nom d’un chien (pour rester poli), si seulement je pouvais être peinard sur une île déserte. »

A défaut de vous faire aimer vos congénères, Sukkwan Island pourrait vous vacciner contre ce fantasme absurde. Car tout plaquer pour s’installer sur une île déserte, c’est exactement ce que fait Jim, qui vient de se séparer de sa deuxième femme et traverse un désert professionnel. Il achète une cahute sur une île en Alaska et embarque, au passage, son fils Roy. Dans leurs bagages, trois fois rien : un émetteur radio, des vêtements chauds, juste assez de nourriture pour survivre un mois ou deux, et tout le matériel nécessaire pour chasser et pêcher de quoi passer l’hiver. Le tout doit permettre à Jim de faire le point sur sa vie et de recréer des liens avec son fils, qu’il connaît terriblement mal. Mais celui-ci n’a aucune envie d’être le confident de son père et va bien vite, malgré les grands espaces qui l’entourent, se sentir très à l’étroit sur l’île.

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La Cravate de Milena Michiko Flašar

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Milena Michiko Flašar est une jeune auteure autrichienne d’origine japonaise, ce qui explique sans doute qu’elle ait choisi de placer l’histoire de la Cravate au Japon, même si elle aurait pu se dérouler n’importe où dans le monde. Une des particularités du japonais est cependant qu’il possède un mot pour désigner une catégorie de personnes un peu particulière, des jeunes gens qui se cloîtrent dans leur chambre d’enfance, refusant toute communication : hikikomori. Une affection psychologique pratiquement propre au Japon, et dont le narrateur sort tout juste, lui qui, à vingt ans, vient de passer deux ans dans sa chambre sans dire un mot. Lorsqu’il met le nez dehors, c’est pour passer ses journées, tout aussi muet, sur un banc, dans un parc. Sur le banc d’en face va s’asseoir le second protagoniste du roman, un salaryman récemment licencié.

Petit à petit, le dialogue va s’instaurer entre eux, leur permettant de renouer avec la parole, devenue presque étrangère au premier, et devenue outil du mensonge pour le second qui se sent incapable d’annoncer son licenciement à sa femme.

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Le Pingouin d’Andreï Kourkov

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A quoi pouvait ressembler la vie dans un pays de l’ex-URSS, quelques années après l’éclatement du bloc soviétique ? Comment un pays comme l’Ukraine a-t-il pu traverser cette période de transition et de reconstruction ? Voilà des questions que l’histoire contemporaine aborde peu, et qui sont pourtant passionnantes. Etant trop jeune pour avoir vécu en direct l’évolution de ces pays  juste après leur indépendance, j’étais particulièrement intéressé par Le Pingouin, de l’auteur ukrainien d’expression russe Andreï Kourkov, censé peindre « un tableau impitoyable de l’ex-Union Soviétique ».

Pour cette plongée dans la société ukrainienne des années 90, Kourkov choisit de se focaliser sur Victor Zolotarev, un écrivain raté qui, pour gagner sa croûte, accepte de travailler pour la rubrique nécrologique d’un quotidien. Son rôle ne sera pas de rédiger un hommage au pied levé à des disparus, mais de créer une réserve de « petites croix » en prévision de la disparition des personnalités importantes du pays (ce qu’on appellerait plutôt le « frigo » dans les rédactions françaises). Entre autres choses, Victor a la particularité d’avoir adopté un pingouin (ou plutôt un manchot) lors du démantèlement partiel du zoo de Kiev. Il mène avec lui une vie morne, qui va se trouver chamboulée lorsque les personnes célébrées dans ses « petites croix » vont se mettre à mourir un peu trop rapidement.

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