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Au bord des fleuves qui vont d’Antonio Lobo Antunes

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J’ai lu pour la première fois Antonio Lobo Antunes. J’étais prévenu : la langue d’Antunes est bien particulière, un long fleuve qui a ses propres règles, qui peut déconcerter, déstabiliser, que beaucoup trouvent inaccessible. Un style qui demande de la concentration, extrêmement exigeant. Et en effet, dès la première page, ce style s’impose au lecteur : des phrases étalées sur des chapitres entiers, entrecoupées de lignes de dialogues isolées, qui voguent au gré de la pensée de l’auteur, bifurquent, sautent d’un souvenir à l’autre, de sensations en sensations.

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Manhattan Transfer de John Dos Passos

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Il y avait Babylone et Ninive. Elles étaient construites en briques. Athènes était toute de colonnes de marbre et d’or. Rome reposait sur de grandes voûtes en moellons. A Constantinople, les minarets flambent comme de grands cierges, tout autour de la Corne d’Or… L’acier, le verre, la brique, le béton seront les matériaux des gratte-ciel. Entassés dans l’île étroite, les édifices aux mille fenêtres se dresseront étincelants, pyramides sur pyramides, sommets de nuages blancs au-dessus des nuages.

New York, terre promise et symbole du rêve américain. Au poste d’Ellis Island, sous le regard de la statue de la Liberté, des milliers d’Européens cherchent à rejoindre la ville où tout est possible et où, dans les années 1900, les gratte-ciel commencent à pousser, battant record sur record et annonçant ce qui semble être une nouvelle ère.

Pourtant, au pied des buildings, comme partout ailleurs, chacun lutte pour vivre, voire survivre. Au travers des trajectoires d’une dizaine de personnages qui se croiseront tous entre 1900 et 1920, John Dos Passos décrit le quotidien de Manhattan, nouveau centre du monde. Jimmy Herf, journaliste, Ellen Thatcher, danseuse, Congo Jake et Bud, marins, George Baldwin, avocat débutant, composent ce grand portrait collectif, bouillonnant, à l’image de la ville qui lui sert de cadre.

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Fan man de William Kotzwinkle

fan man- big lebowski

L’autre jour, mec, j’étais dans ma turne, je cherchais à attraper un bouquin sans faire tomber une des piles venues tout droit de la bibliothèque, je passe tout en revue, mec, Chevillard Franzen Balzac Oates, Kotzwinkle ouais mec, pourquoi pas, c’est Pharefelue qui me l’a recommandé, j’attaque, je plonge, terrible, mec, tout de suite je sens AAAAAAUUUUUUUUUUMMMMMM que la musique du Fan Man s’accorde à la note de mon dalaï-lama intérieur, je suis barré loin, mec, comme si j’avais fumé une bonne dose de papaye médicinale cultivée par des paysannes virginales des hauts plateaux afghans. Un sacré voyage, mec.

Si le style de cet affligeant pastiche (on fait ce qu’on peut) vous crispe (mec), sachez que vous n’êtes pas faits pour Fan Man. Ce roman culte des années 70, traduit en français il y a quelques années seulement, est tout entier porté par le style plus que personnel de Horse Badorties, sorte de hippie dégénéré à mi-chemin entre le héros de la Conjuration des Imbéciles et du Dude de The Big Lebowski. Si vous trouvez ça plutôt amusant, sachez que le roman l’est bien plus et que les aventures de Horse, qui cherche à organiser un concert de charité remettant sur le devant de la scène des chants médiévaux oubliés depuis des siècles, devraient vous combler.

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